couverture du livre

La Constitution de l'Europe



Dans cet ouvrage, publié en langue allemande en 2011, Jürgen Habermas analyse la « faillite du système » et propose une nouvelle constitution européenne pour répondre à la crise actuelle.

Quelles corrélations existe-t-il entre la crise économique et la crise de légitimité qui touche l’Union européenne ? Comment penser une Europe plus démocratique ?


Thématique : Philosophie politique


Echec de l’Union européenne et soumission au capitalisme


Une tension demeure entre capitalisme et démocratie selon Habermas, car marché et politique reposent sur des principes opposés.

Que le capitalisme soit dorénavant incapable de se reproduire à partir de ses propres forces, c’est là un fait bien établi dans la conscience de citoyens qui ont dû répondre en tant que contribuables à la « faillite du système ». 1 Celui que l’on surnomme le « dernier philosophie » fait ici référence à la crise financière de 2008, qui a démontré la soumission des gouvernements nationaux aux marchés financiers. La faillite du système tient en l’incapacité des gouvernements à proposer une réponse démocratique à la crise financière.


La constitution de l’Europe


Face à cette crise de confiance et de légitimité, Habermas veut repenser le mode d’administration des Etats européens et construire une conscience qui franchisse les frontières nationales dans le partage d’un destin européen commun 2.

Il propose d’organiser une transnationalisation de la souveraineté populaire en transférant les fonctions dévolues à l’Etat national à un niveau de gouvernance supérieur, qui dépasse les frontières nationales.

Cette transnationalisation de la souveraineté populaire reposerait sur trois critères :
- Une communauté démocratique de personnes juridiques libres et égales ;
- L’organisation de capacité d’actions collectives ;
- L’existence d’un médium d’intégration à une solidarité entre personnes non unies par un lien social ou naturel préalable : la solidarité civique.


Mais pourquoi la constitution de l’Europe doit-elle être un idéal, à l’heure où un tel projet semble un échec ?

Il faut garder à l’esprit que l’Europe moderne a su régler les conflits sociaux et politiques, grâce aux dispositifs institutionnels. L’Europe a permis de faire face aux clivages au sein des nations et gommer les rivalités entre les villes et les territoires, entre les communautés ethniques ou encore entre des confessions religieuses militantes, à une échelle plus large elle empêche les États-nations de se faire la guerre. Aujourd’hui, combattre notre voisin allemand serait chose impossible.

L’autre atout de l’Europe est d’avoir réussi à englober des héritages multiples, à la fois gréco-romain et judéo-chrétien. L’Union européenne a su créer un système politique, dans lequel le spectre des opinions est complet : conservatisme, libéralisme, socialisme… Ces richesses historiques et démocratiques peuvent permettre le passage à une démocratie postnationale.


La souveraineté partagée comme réponse aux craintes des ressortissants des Etats-nations


Sans cadre démocratique, les citoyens des divers Etats-nations ne peuvent pas s’identifier au cadre européen. Le but de la souveraineté partagée est de faire un pas de plus sur le chemin de l’humanisation civilisatrice du pouvoir politique 3, c’est-à-dire faire de l’Union européenne une entité démocratique à part entière.

Créer une société civile européenne implique que l’Union européenne soit autonome financièrement et que le Parlement puisse exercer de larges compétences, appuyé par la Commission, à qui sera transférée la prise en charge des fonctions gouvernementales.

Les frontières nationales, qui ne garantissent plus la protection des citoyens, et qui ne peuvent plus répondre aux enjeux contemporains, liés notamment à l’immigration et à la peur identitaire, s’élargissent et les Etats n’ont qu’un rôle secondaire et fonctionnel.


La vie démocratique nécessite un rapport mutuel entre la délibération citoyenne et les prises de décisions parlementaires. Pour le philosophe allemand, il est nécessaire de préserver les Etats, car ils sont les garants d’un certain niveau de justice et de liberté, et l’empreinte culturelle y est importante. Dans cette nouvelle constitution de l’Europe le citoyen est à la fois citoyen de l’Etat-nation et de l’Union européenne.

Ainsi les deux rôles du citoyen ont leur importance institutionnelle au sein de l’entité commune que veut constituer Habermas. Au niveau européen le citoyen doit pouvoir former son jugement et décider politiquement, à la fois en tant que citoyen de l’UE et citoyen des Etats-nations : Tout citoyen prend part aux processus de formation de la volonté et de l’opinion européennes, non seulement en tant qu’Européen qui peut, de manière autonome et à titre individuel, dire « oui » ou « non », mais aussi en tant que ressortissant d’une nation déterminée. 4


Conclusion


L’Union européenne a d’abord été fondée pour donner une réponse humaniste à un continent ensanglanté par les deux Guerres mondiales. Pour Jürgen Habermas, il est nécessaire de redonner une légitimité politique à cette Union européenne qui n’existe actuellement que comme communauté juridique. A l’heure du populisme et du repli nationaliste, cette nouvelle constitution est-elle satisfaisante pour sauver l’Union européenne ?


Auteur de l'article :

Aziliz Le Corre prépare un master de philosophie politique et éthique à la Sorbonne, et travaille au service vidéo du Figaro Live.


1 HABERMAS Jürgen, La constitution de l’Europe, Gallimard, 2011, p.47
2 Ibid, p. 49
3 Ibid, p. 125
4 Ibid, p. 98