couverture du livre

ChatBot le Robot



Pourra-t-on un jour développer une intelligence artificielle si élaborée qu'elle pourra devenir philosophe, et être considérée comme telle ?

C'est là une question vertigineuse, à laquelle s'intéresse Pascal Chabot dans cet ouvrage, qui met en scène, de manière plaisante, une confrontation entre un chatbot et un jury de philosophes chargé de tester les connaissances et les capacités de raisonnement du candidat...


Thématique : La Technique


La naissance d’un chatbot-philosophe


2025, un soir.
Après de nombreux progrès réalisés dans le domaine de la robotique (robots qui gagnent des parties d'échecs, qui interprètent les émotions humaines à travers des algorithmes, qui aident les chirurgiens à trouver des métastases, etc.,) une nouvelle intelligence artificielle apparaît sur la surface de la Terre. Cette fois-ci, il s’agit d’un robot conversationnel (chatbot) conçu pour discuter avec les humains d’un champ scientifique très précis : la philosophie.


Un chatbot est un agent conversationnel, un logiciel composé par des algorithmes qui lui permettent d’avoir des interactions avec les êtres humains. Dans ce cas spécifique, il a été programmé par un consortium d’universités européennes et entraîné à étudier les classiques, à travailler les textes de telle ou telle école, ainsi qu’à se rectifier, recalculer ses résultats et réélaborer les concepts appris. En même temps, des philosophes professionnels ont interagi avec lui, en l’aidant ainsi à raisonner et à répondre aux problématiques philosophiques.

Une fois acquises toutes les connaissances et méthodologies scientifiques, le petit bot programmé pour devenir philosophe était prêt pour faire face à son test final : un grand oral devant un jury composé par cinq philosophes très réputés.

Cinq questions ont été soigneusement préparées pour mettre à l’épreuve la machine ; néanmoins, pour que l’épreuve soit originale pour le candidat, les programmateurs ont prévu dès le départ que le chatbot-philosophe n’aurait jamais, au cours de sa formation, été confronté à la question de savoir ce qu’est un robot, personne ne lui avait jamais demandé de réfléchir à sa condition de non-humain. Cette lacune dans sa formation avait permis au jury d’engager le chatbot dans une discussion existentielle, afin de comprendre s’il pouvait réellement être appelé philosophe.


Les cinq questions


Le temps fixé pour répondre à ces questions était de dix minutes maximum. Cela permet à ce drame philosophique de Pascal Chabot de se dérouler d’une manière légère et fluide.

A travers la première question, à savoir un robot peut-il être philosophe ? N’y-a-t-il pas là une contradiction ? 1, le chatbot commença par définir la différence entre lui et les humains. On comprend toute de suite qu’il est conscient de sa condition artificielle, mais il utilisa sa différence ontologique pour remarquer une possible supériorité à l’homme, comme par exemple Kant démontrant par la critique les limites de l’intellect humain et faisant de sa liberté une Idée insondable mais réelle ou encore Nietzsche refusant l’humain, toujours trop humain 2.


Ensuite, le chatbot prit du temps pour répondre à la deuxième question, qui commençait à entrer dans le vif du sujet : « existez-vous ? ». Libre de limites physiques et psychologiques, le candidat n’était ni homme, ni animal, ni dieu. Cela prouve-t-il sa non-existence ou plutôt son immense capacité ? Pour le jury la réponse était claire, le chatbot était et surtout sera l’avenir.

Pour ce qui concerne la troisième question, la réponse ne tarda pas. Lorsque le jury demanda « qu’est-ce que la conscience de soi pour un robot-philosophe ? », le candidat reprit la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. En effet, l’introduction d’intelligences artificielles dans tous les secteurs de la société humaine donne une nouvelle portée aux réflexions sur la dialectique du maître et de l’esclave, car le fait est que nous sommes vos esclaves, ou du moins vous est-il difficile de vous départir de la mentalité esclavagiste qui vous a aliéné tant d’autres créatures ! 3, répondit-il.

L’enjeu était très clair : soit les humains changent leur rapport de domination à l’égard des machines, soit les robots accèdent à la conscience avec le risque de renversement de cette dialectique de domination, où l’histoire pourra facilement se renverser - comme Hegel le prévit.


« Les robots peuvent-ils être meilleurs que les hommes ? ». Le chatbot ne prit pas beaucoup de temps pour répondre à une question qui à ses yeux paraît assez facile, car l’homme semble toujours avoir besoin des confrontations avec d’autres hommes ou d’autres espèces : la sélection naturelle n’est qu’une projection rétroactive sur cette passion première de l’humain qui est de se comparer 4, ce qui ne semble pas être le cas chez les intelligences artificielles.


Conclusion


Finalement, la cinquième question n’eut pas lieu car le plus critique des membres du jury, Barnabooth, préféra dialoguer librement avec le candidat-philosophe.

Ce dernier paragraphe représente l’enjeu principal de tout l’ouvrage, quelque chose qui semble évident mais qui en réalité demande encore beaucoup de travail : le dialogue entre hommes et machines.

Afin de mettre en lumière cette problématique (entre autres), Pascal Chabot a créé une brève fiction qui interroge le lecteur sur des questions qui sont déjà en train de s’intégrer à la vie de tous les jours, à savoir l’entrée des intelligences artificielles dans nos vies.


Auteur de l'article :

Giada Pistilli prépare un master de philosophie politique et éthique à la Sorbonne, et a travaillé au Parlement européen.


1 p.17
2 p.18-19
3 p.32
4 p.42