couverture du livre les Deux sources de la morale et de la religion


Résumé de : les Deux sources de la morale et de la religion

Paru en 1932, les Deux sources de la morale et de la religion est le dernier ouvrage de Bergson. C’est ici qu’il développe sa distinction de la société close et de la société ouverte, ou que l’on retrouve des thèmes comme l’appel du héros, qui s’oppose à l’obligation de la morale close. Il développe une conception originale du mysticisme.

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Bergson les Deux Sources
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Alors que la morale sociale est impersonnelle, la morale absolue s’incarne dans un homme exceptionnel (par exemple, les sages de la Grèce ou les prophètes d’Israël).

De cette manière, si la morale sociale consiste dans l’universelle acceptation d’une loi, la morale absolue consiste dans la commune imitation d’un modèle1.


Le passage à cette seconde forme de morale procède souvent de ce que Bergson appelle « l’appel du héros ». Voici comment Bergson décrit celui-ci : Pourquoi les grands hommes de bien ont-ils entraîné derrière eux des foules ? Ils ne demandent rien, et pourtant ils obtiennent. Ils n’ont pas besoin d’exhorter ; ils n’ont qu’à exister ; leur existence est un appel.

On pourrait dire que l’amour de l’humanité est l’origine de cette seconde forme de morale. Mais cela reste encore trop abstrait ou général.

Elle correspond à un certain type de psychologie. Dans le cas de la morale sociale, l’homme agit pour son propre intérêt, ou pour l’intérêt collectif (qui, indirectement, concourt à son intérêt privé). C’est là le signe d’une âme close sur elle-même.

L’autre attitude est celle de l’âme ouverte. Elle ne vise pas à proprement parler l’intérêt d’autrui, (qui resterait un calcul) mais consiste dans l’amour d’autrui.

La morale sociale repose, comme on l’a vu, sur la force de l’habitude. Alors que la force qui rend effective la morale de l’humanité est la sensibilité, l’émotion, la passion, l’amour.


Bergson se livre dans les Deux sources de la morale et de la religion à une critique de l’intellectualisme, pour lequel l’émotion n’est que seconde, et n’est que la répercussion, dans la sensibilité, d’une représentation intellectuelle.

Bergson montre également l’existence d’émotions non plus infra-intellectuelles (effets d’idée) mais supra-intellectuelles (qui sont causes d’idées).

Ainsi, l’émotion est à l’origine de grandes inventions. Il n’y a rien de honteux dans l’émotion, et à l’intelligence qui critique (la raison ?), on peut opposer l’intelligence qui invente, et qui consiste précisément dans l’émotion : Création signifie, avant tout, émotion.

Ainsi la curiosité, le désir et la joie anticipée de résoudre un problème sont des émotions, et [ce sont elles] qui poussent l’intelligence en avant, malgré les obstacles.

De même dans la littérature et dans l’art : l’œuvre géniale est le plus souvent sortie d’une émotion unique en son genre.


Bergson distingue dans les Deux sources deux façons d’inventer :

Soit l’intelligence est laissée à elle-même, et dans ce cas l’esprit travaille à froid, combinant des idées depuis longtemps coulées en mots. C’est là un simple réarrangement d’éléments anciens.

Soit l’intelligence que consume de son feu l’émotion originelle et unique [naît] d’une coïncidence entre l’auteur et son sujet, c’est-à-dire d’une intuition.

Cette intuition, née de matériaux fournis par l’intelligence qui seraient comme en fusion , se solidifie ensuite en idées et cherche à s’étaler tant bien que mal en concepts multiples et communs, donnés d’avance dans des mots.


Une émotion est à l’origine de la morale absolue. Celle-ci peut ensuite se cristalliser en telle ou telle doctrine. Mais aucune doctrine (ou théorie) n’a de pouvoir contraignant : aucune spéculation ne créera une obligation, ou rien qui y ressemble ; peu m’importe la beauté de la théorie, je pourrais toujours dire que je ne l’accepte pas. Tandis que si l’émotion me pénètre, j’agirai selon elle, soulevé par elle.

Une doctrine peut convertir notre intelligence, pas notre volonté. Or il y a loin de cette adhésion de l’intelligence à une conversion de la volonté.

La morale sociale se répand par la contrainte, ou la pression. A l’inverse, dans la morale complète : on ne cède plus ici à une pression, mais à un attrait.

A la première correspond une satisfaction devant le fonctionnement normal de la vie. Tandis que la seconde renvoie pour Bergson à l’enthousiasme d’un progrès ou d’une marche en avant ; alors, ce n’est pas que l’on franchit les obstacles, c’est qu’il n’y a pas d’obstacle.

De ce point de vue, cette âme se sent donc, à tort ou à raison en coïncidence avec le principe même de la vie, l’élan vital, qui ne connaît pas non plus d’obstacle.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0