couverture du livre les Deux sources de la morale et de la religion


Résumé de : les Deux sources de la morale et de la religion

Paru en 1932, les Deux sources de la morale et de la religion est le dernier ouvrage de Bergson. C’est ici qu’il développe sa distinction de la société close et de la société ouverte, ou que l’on retrouve des thèmes comme l’appel du héros, qui s’oppose à l’obligation de la morale close. Il développe une conception originale du mysticisme.

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Bergson les Deux Sources
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L’illusion rétrospective consiste, de manière générale, à ne pas considérer le nouveau comme radicalement nouveau, mais comme contenu en préfiguration dans l’ancien.

Cela amène, selon l'auteur des Deux sources à ne pas saisir la radicale nouveauté et l’imprévisibilité des événements.


C’est considérer le temps comme un mouvement dans l’espace, une droite qui va d’un point A à un point B, le point d’arrivée existant virtuellement. Mais en fait, ce n’est que rétrospectivement, une fois le point B atteint, que l’on pourra dire que celui-ci était le but du mouvement. C’est là une erreur parce qu’en fait à tout moment, le cours des événements aurait pu prendre une toute autre tournure (on aurait atteint un autre point C). D’autre part parce que le point B n’est pas atteignable par un mouvement continu, mais par un saut. De ce fait, le nouveau n’est pas contenu comme virtuellement préexistant dans l’ancien, ce pourquoi il est précisément… nouveau.

En morale, l’illusion rétrospective consiste à prendre les anciennes formes de justice pour des visions partielles d’une justice parfaite, la nôtre.

Cette illusion fait aussi le fond de maint problème philosophique, dont la dichotomie de Zénon a fourni le modèle1.


Ce saut de la société vers une justice supérieure, quand s’accomplit-il donc ? Ainsi qu’on l’a vu, lorsqu’un modèle, un héros, apparaît : c’est un bond en avant, qui ne s’exécute que si la société s’est décidée à tenter une expérience ; il faut pour cela qu’elle se soit laissée convaincre ou tout au moins ébranler ; et le branle a toujours été donné par quelqu’un.

L’appel du héros met fin à un paradoxe. Celui-ci consiste dans le fait que la morale absolue n’est réalisable que dans une société dont l’état d’âme fût déjà celui qu’ [elle] devait induire par [sa] réalisation.

Autrement dit : une démocratie, par exemple, ne peut apparaître que si l’état d’esprit des gens est éminemment démocratique. Or un tel état d’esprit semble ne pouvoir se rencontrer que dans une démocratie. Les héros brisent ce cercle.

Pour la morale sociale, le bien suprême est le bonheur du plus grand nombre. A la fameuse question du sacrifice (acceptez-vous de sacrifier un seul homme pour le bonheur du plus grand nombre ?), elle répond par l’affirmative.

Pour la morale complète, il n’en est pas question.


Bergson dresse un historique de ce passage à une autre forme de justice : des juifs, qui ont donné à la législation son caractère impérieux, au christianisme, dont le programme est réalisé par la Révolution française et les puritains d’Amérique.

L’élan n’est donc pas grec ou romain (même le stoïcien Marc Aurèle ne supprime pas l’esclavage), mais judéo-chrétien.

Ces deux formes de morale s’entremêlent dans une société. Une société dans laquelle ne se rencontrerait que l’une de ces deux morales n’existera évidemment jamais : l’aspiration pure est une limite idéale, comme l’obligation nue.


L'auteur des Deux sources de la morale et de la religion revient à son attaque de l’intellectualisme, ciblant plus précisément Kant. On sait que pour celui-ci, une action est morale lorsque la maxime de celle-ci ne peut être niée universellement sans contradiction. Bergson reprend l’exemple kantien du dépôt d’argent : on est obligé moralement de rendre un dépôt d’argent à celui qui nous l’a confié, car si on ne le lui rendait pas, et qu’un tel comportement s’universalisait, alors plus aucun dépôt d’argent ne serait effectué.

Cette doctrine fait de la contradiction un élément fondateur de la morale. Mais ce n’est pas parce que la conduite morale a un caractère rationnel que la morale a son origine ou même son fondement dans la pure raison.

En fait, la raison n’est pas contraignante, contrairement à ce que croit l’intellectualisme, et quand des philosophes avancent qu’elle suffirait à faire taire l’égoïsme et la passion, ils nous montrent –et nous devons les en féliciter- qu’ils n’ont jamais entendu résonner bien fort chez eux la voix de l’un ni de l’autre.

La raison ne peut par elle-même poser ou fonder aucune fin, que ce soit la cohésion sociale ou le progrès de l’humanité.


A présent que les deux types de morales et leur origine sont identifiées, Bergson s’intéresse à la religion. Quelles sont les deux sources de la religion ?



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0