couverture du livre les Principes de la connaissance humaine de Berkeley


Résumé de : Principes de la connaissance humaine

Les Principes de la connaissance humaine sont rédigés par l’évèque irlandais George Berkeley en 1710, et ont pour principal but de répondre aux doctrines impies du matérialisme et de l’athéisme. Pour ce faire, il développe une théorie de la connaissance surprenante, basée sur un empirisme radical : « être, c’est être perçu ».

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Berkeley Principes de la connaissance humaine
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Berkeley, évèque irlandais, écrit cet ouvrage à destination des sceptiques et des incroyants.


C’est souvent l’usage de notre réflexion qui, soulevant sur un sujet donné différents problèmes, conduit au scepticisme. Cela est dû non pas à la raison elle-même, mais au mauvais usage que nous en faisons. De là cette célèbre métaphore : la majeure partie des difficultés […] qui ont fermé le chemin de la connaissance, nous sont entièrement imputables. Nous avons d’abord soulevé un nuage de poussière et nous nous plaignons ensuite de ne pas y voir1.

Quels sont donc ces faux principes que l’on a suivis et qui nous ont perdus ?

Il s’agit de la notion d’abstraction, et par extension d’idées abstraites. Celles-ci sont en effet considérées comme les objets de la logique ou de la métaphysique, alors qu’elles ne sont que fictions. Ou encore : nous n’avons pas d’idées abstraites.


Berkeley résume ainsi la doctrine de l’abstraction : les qualités […] n’existent jamais réellement chacune à part, seule et séparée de toutes les autres, mais […] sont mélangées […] et fondues ensemble, plusieurs dans le même objet. Or, on nous dit que l’esprit, étant apte à considérer chaque qualité isolément, ou abstraite des autres qualités auxquelles elle est unie, se forge par ce moyen des idées abstraites.

Berkeley prend un exemple : si l’on voit un objet étendu, coloré, en mouvement, l’esprit distingue cet objet composé en idées simples, et forge les idées abstraites d’étendue, de couleur et de mouvement. Il précise : non qu’il soit possible pour la couleur ou le mouvement d’exister sans l’étendue : c’est seulement l’esprit qui peut se forger par abstraction l’ide de couleur exclusive de l’étendue.

L’idée abstraite serait une idée générale regroupant ce qu’il y a de commun aux choses dont elle est l’idée.

Un autre exemple montre le caractère étonnant de cette doctrine : il fabrique une idée de la couleur dans l’abstrait, qui n’est ni le rouge, ni le bleu, ni aucune autre couleur déterminée.

On forgerait des idées abstraites des êtres les plus composés, comme l’homme. Celui-ci aurait alors une taille et une couleur, mais pas de taille ni de couleur particulière.


Berkeley présente sa célèbre critique de cette doctrine de l’abstraction.

Il déclare tout d’abord qu’il ne possède pas cette merveilleuse faculté d’abstraire les idées.

En revanche, il admet avoir une faculté toute différente : celle de se représenter des idées de choses particulières, et de les combiner. Ainsi, il peut imaginer un homme à deux têtes. Mais il aura une couleur et une forme particulière : l’idée d’homme que je me forge doit être celle d’un homme blanc, noir ou basané, grand ou petit.

En fait, l’idée abstraite générale est une impossibilité en soi : je ne puis par aucun effort de pensée concevoir l’idée abstraite décrite ci-dessus.

Je ne peux séparer des qualités par la pensée que si elles peuvent être séparées en réalité (par exemple imaginer un homme avec un bras en moins) : je ne peux concevoir séparément les qualités dont l’existence ainsi séparée est impossible.


Berkeley s’oppose à Locke qui dans son Essai sur l’Entendement humain, affirme que c’est la faculté de former des idées générales abstraites qui fait la supériorité de l’homme sur l’animal. Il suppose en effet que le langage implique la possession d’idées générales. Or c’est une erreur pour Berkeley : un mot devient général quand on en fait le signe non d’une idée générale abstraite mais de plusieurs idées particulières dont on suggère indifféremment l’une ou l’autre à l’esprit.

En fait, Berkeley ne nie pas […] qu’il y ait des idées générales, mais seulement qu’il y ait des idées générales abstraites.

Voici ce à quoi correspond selon lui ce type d’idées : une idée qui, considérée en elle-même, est particulière, devient générale quand on lui fait représenter toutes les autres idées particulières de la même sorte ou en tenir lieu.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0