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couverture du livre les Principes de la connaissance humaine de Berkeley

Résumé des Principes de la connaissance humaine (page 5)

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Peut-être alors est-ce un problème de vocabulaire ? Car cela est curieux de dire que nous mangeons et buvons des idées, que nous sommes vêtus d’idées 1. Berkeley ne devrait-il pas les appeler des choses ?

Il répond qu’il leur donne ce nom puisque « chose » désigne quelque chose d’actif et existant hors de l’esprit, tandis qu’« idée » désigne ce qui existe seulement dans l’esprit, et ce qui est inactif. Ce mot correspond donc mieux à la nature des objets que nous percevons.


Trois objections sont encore exposées :

1) Si le feu nous brûle, cela prouve qu’il existe bien en dehors de notre esprit ? Berkeley fait remarquer que nous sentons la douleur en notre esprit.


2) Nous voyons les choses hors de nous à distance, elles n’appartiennent donc pas à notre esprit. Berkeley répond à nouveau par l’argument du rêve, dans lequel nous voyons aussi les choses à distance, bien que cela ne corresponde à aucune réalité.

De plus il répond par une théorie présentée en détail dans son Essai d’une nouvelle théorie de la vision : nous ne percevons pas immédiatement la distance, elle est seulement suggérée à ma pensée par certaines idées visibles et par une connexion […] enseignée par l’expérience, elles en viennent à la signifier pour nous 2, de la même manière que les mots d’une langue signifient des idées.

Les idées exprimant la distance nous avertissent en fait seulement des idées du toucher qui seront imprimées dans notre esprit à tel ou tel intervalle de temps et à la suite de telles ou telles actions 3.


3) Mais alors les choses disparaissent puis réapparaissent à tout moment, dès que nous fermons les yeux ou qu’il n’y a plus personne pour les percevoir ? Berkeley montre que c’est le cas des qualités secondes pour Locke et ses partisans. Dans sa doctrine en revanche, un tel problème ne se pose pas puisqu’une autre intelligence, l’Auteur de la Nature, perçoit les choses même quand nous ne le faisons plus ; elles conservent donc leur être.


Certes, il est étonnant de soutenir que ce n’est pas le feu qui chauffe, mais une intelligence. Berkeley rappelle néanmoins que beaucoup de vérités heurtent le sens commun. Ainsi on dit que le soleil se lève, alors que c’est la Terre qui tourne.

Le feu et la chaleur sont bien deux idées reliées, mais leur relation n’est pas celle de cause à effet, mais de signe à chose signifiée : le feu est la marque qui me prévient de la douleur. Justement, rechercher et s’efforcer de comprendre [le langage de] […] l’Auteur de la Nature, c’est ce à quoi devrait s’employer le philosophe de la nature, et non à faire semblant d’expliquer les choses par les causes corporelles 4.


Cette théorie permet d’évacuer les spéculations infinies de la philosophie de type : La substance corporelle peut-elle penser ? La matière est-elle infiniment divisible ? 5, etc.

Le scepticisme est évacué car la question insoluble qui est la racine même du scepticisme (comment savoir si mes idées sont conformes aux choses extérieures) n’a plus de sens. Au contraire, les qualités sensibles sont parfaitement connues, puisqu’il n’y a rien en elles qui ne soit perçu 6.

Enfin, cela ruine également l’athéisme, qui s’élève sur le matérialisme, lequel fait d’une substance existant par soi, stupide, non pensante, la racine et l’origine de tous les êtres 7.


En revanche les sciences de la nature sont légitimes, en ce qu’elles cherchent à identifier les lois de la Nature, qui sont comme le langage de l’Intellect suprême, par lequel Il nous parle, et nous guide dans nos actions pour la commodité et le bonheur de notre vie. Etudier le monde revient à lire le livre de la Nature 8. C’est pourquoi il nous suffit d’ouvrir les yeux pour voir le souverain Seigneur […] d’une vue […] plus claire qu’aucun de nos semblables 9. Où que nous portions notre vue, nous percevons Dieu. Rien donc n’est plus évident que son existence.


1 §38, p.86
2 §43, p.89
3 §44, p.89
4 §66, p.106
5 §85, p.117
6 §87, p.118
7 §93, p.123
8 §109, p.133
9 §148, p.162