couverture du livre

Le travail inspiré



Est-il possible de faire coïncider son projet de vie et son travail ? De se réaliser dans son travail même ?

Cet ouvrage en forme d'abécédaire nous donne des clés pour atteindre cet idéal : autorité, conflit, leadership... découvrez-en les différentes entrées.


Thématique : Management


À qui s’adresse ce livre ?


Ma formation de philosophe pourrait faire croire que je m’adresse à des confrères philosophes. En fait, ce n’est pas mon intention première. Pour deux raisons. D’abord parce que je ne définis pas le but de la philosophie comme un refuge entre initiés, mais comme le projet de bien penser, et tant qu’à faire, de bien vivre. Avec Pierre Hadot, je considère que la philosophie est une « manière de vivre ». Il y a deux manières de faire de la philosophie : partir des textes existants, Platon, Aristote, Marc-Aurèle, saint Augustin, Descartes, Kant, Hegel, Heidegger … et travailler à les comprendre, à exercer sa propre pensée, pour se rapprocher de la sagesse, à la fois bien penser et bien vivre, ou tout au moins mieux vivre. 

Mais il existe une deuxième source : celle de la vie, des expériences menées au cours de notre existence. Pour ma part, j’ai toujours été attiré par le monde du travail, de l’entreprise, des organisations. Non pas comme un « n’ième » sujet d’étude philosophique, mais parce que, après avoir été élève, étudiant, chercheur, doctorant, professeur, j’avais l’impression d’avoir toujours vécu la même chose : être un connaissant, prenant des notes ou donnant des cours. Mais la vraie vie m’échappait. Et celle du travail, la production d’un bien, l’échange humble de la vente, le travail vraiment fructueux en équipe, le management de projet, l’exercice de l’autorité quand on est responsable, le rapport de confiance qu’il faut savoir établir avec ses collègues … tout cela m’échappait en grande partie. Et pourtant, ces expériences sont humainement intéressantes, et méritent d’être vécues et comprises. 


Ce livre s’adresse donc à toute personne qui s’interroge sur les fondamentaux du travail et qui souhaite développer une pensée différente de la vision anglo-saxonne représentée par la Harvard Business Review. Cette dernière met l’accent sur la performance, le business, le résultat. Je préfère envisager le travail sous sa dimension de réalisation de soi, d’éthique, de sens. Contrairement à ce que l’on dit souvent, la philosophie n'est pas inutile, elle n’a pas une destinée purement théorique qui serait indifférente à l’efficacité. Au contraire, j’affirme que la philosophie, en posant la question du sens, fait grandir notre énergie. Quelqu’un qui découvre que ce qu’il fait a une vraie utilité sociale, lui permet de grandir dans son humanité, dispose d’une volonté plus forte, d’une énergie bien orientée. 


Comment ce livre est-il conçu ?


Comme le promet le sous-titre, les chapitres sont un abécédaire. De A comme Autorité, à V comme Vocation, en passant par changement, communication, conflit, courage, décision, fragilité, leadership … les thèmes communs à tout travail sont abordés. Chacun peut piocher et décider d’explorer les mots qui l’attirent. J’utilise généralement 5 procédés pour développer chaque point. J’en présenterais deux qui me paraissent particulièrement importants : 


Utiliser le récit


Qui ne connaît pas l’allégorie de la caverne ou l‘anneau de Gygès de Platon ? Que serait la réflexion de Bergson sur la durée, sans le célèbre exemple du morceau de sucre ? Que deviendrait la critique de l’utilitarisme de Bernard Williams  sans son histoire de Jim et des Indiens ? Le récit, l’exemple prolongé, sont d’excellents accélérateurs de réflexion. Ils condensent en une histoire la richesse du sens et facilitent la mémorisation. Ils sont faciles à comprendre sans renoncer à la profondeur.

Je l’avoue, je suis friand de ces histoires qui accrochent la pensée. Par exemple, j’utilise dans mon chapitre sur la communication l’histoire de George racontée par Watzlawick. Elle met en scène Milton Erickson avec un malade qui ne sait dire qu’une seule chose : « Bonjour je m’appelle George », et c’est tout : comment diable Milton Erickson va-t-il réussir à redonner à George le sens du dialogue ? Voilà en termes de méditation sur la communication une histoire qui inspire une vraie réflexion !


Recourir à l’étymologie


Heidegger était féru d’étymologies. Michel Serres l’est également. Le recours à l’étymologie est pour le philosophe une mine de fécondité. Car le mot possède une histoire, un sens élaboré par des générations d’utilisateurs  et qui procède généralement d’un geste fondateur, simple, puissant, fondateur.

Tout le monde peut deviner que le mot service vient du latin servare, servus. Or servus est non seulement le serviteur, mais aussi l’esclave. On peut en déduire trop rapidement que le service est lié à une relation hiérarchique : est serviteur celui qui est au service de l’autre, sous le point de vue hiérarchique. C’est vrai, mais bien moins important que sa racine indo-européenne : on retrouve service dans observer, conserver, et ce premier sens du mot réfère précisément à ce geste simple, qui consiste à observer attentivement, à prendre soin de l’autre, à deviner son besoin. Le mot et son étymologie sont une source de sagesse qu’il est utile d’explorer pour renouveler son attitude professionnelle. 


Le récit, l’étymologie, les définitions, la mise en problématique, la présentation de contenus philosophiques sont les cinq outils philosophiques que j’utilise pour explorer chaque thème. J’ai travaillé à rendre ces méditations accessibles, car rien ne sert de découvrir la valeur d’un concept si l’on ne peut pas le partager avec les autres.


Auteur de l'article :

Pierre d'Elbée, philosophe conseil et animateur d'ateliers philo