couverture du livre le Contrat social de Rousseau


Résumé du Contrat social

C’est dans cet ouvrage, publié en 1762, que l’on trouve la célèbre théorie de la volonté générale. La souveraineté du peuple y est affirmée, et Rousseau montre que c’est un pacte, le fameux contrat social, qui fonde la légitimité de l’union de plusieurs individus, sortant de l’état de nature, en une société.

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Du même auteur : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

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Le despotisme est-il naturel ?

- Non, pour Rousseau, qui reprend la genèse des premières sociétés. La famille, dit-il, est la première société politique, à la différence que le chef n’aime pas son peuple comme un père aime ses enfants.

Si la famille se maintient après que l’enfant est devenu adulte, c’est par convention, et parce que chaque partie y trouve son intérêt. Les enfants ne sont pas esclaves de l’autorité parentale ; comme le peuple n’est pas esclave de l’autorité du souverain. Une nouvelle fois, chez Rousseau, la tyrannie est une dérive du pouvoir mais elle n’en constitue pas le fondement.


- Oui, pour Grotius ou Thomas Hobbes. En supposant que la famille constitue la première société, Rousseau s’oppose à Grotius ou Thomas Hobbes pour qui la politique se construit naturellement dans un rapport d’autorité.

La pensée de Grotius sur l’esclavage est développée dans Le droit de la guerre et de la paix, en 1625. Dans ce texte, Grotius veut montrer qu’il n’y a pas d’opposition ferme entre le droit naturel et le droit positif (c’est-à-dire les lois actuellement en vigueur dans un État).

Grotius justifie également l’esclavage par le droit. Chez Grotius, la guerre donne un droit de propriété au vainqueur. Le droit implique que le vaincu accepte son sort : qu’il soit réduit en esclavage et que ses biens soient pillés. Grotius défend donc l’idée d’un pacte d’esclavage entre celui qui peut ôter la vie et celui qui accepte de servir un maître pour la sauver, pacte qui engage même la postérité, comme l’explique Marc Belissa.


L’opposition entre Rousseau et Grotius :


1. D’une part, puisque les hommes sont naturellement libres, Rousseau ne peut souscrire à la théorie selon laquelle le peuple « appartiendrait » à une centaine d’hommes ; selon laquelle certains hommes seraient nés esclaves.

Le lien entre la guerre et l’esclavage chez Grotius s’explique ainsi : face au vainqueur, le perdant peut racheter sa vie aux dépens de sa liberté. Cette convention est légitime, parce qu’elle opère une forme de « win win ».

Pour Rousseau, cette analyse est caduque à deux titres.


a) Elle oublie de préciser que la guerre n’est pas un rapport d’homme à homme, mais d’État à État. Pour les commentateurs, Rousseau serait un des premiers à avoir défini la guerre ainsi.

Ce qualificatif est essentiel parce qu’il est le seul moyen permettant d’introduire une forme d’égalité entre des combattants, qui sont des soldats professionnels de part et d’autre, de réduire au minimum les excès de la guerre, de protéger les civils innocents des pires brutalités, et de permettre aux États de remplir leur rôle pénible, mais nécessaire. Ils insistent sur le fait que l’introduction de ce principe constituerait une grande avancée sur la voie de la modernité et de l’humanité, le moment où l’engagement militaire aurait été soumis à des principes d’équité et d’égalité. , comme l’explique Karma Nabulsi.


b) Elle suppose que le perdant ait le droit de prendre la vie du vaincu, et qu’il négocie, à partir de ce droit. Or, c’est un échange inique de lui faire acheter [au vaincu] au prix de sa liberté sa vie sur laquelle on n’a aucun droit.

Il n’y a pas de guerre juste, parce que le droit de vie ou de mort n’existe pas. Ainsi, le droit d’esclavage est nul.


2. D’autre part, il est aussi inconcevable, dira Rousseau dans le chapitre 4, que les hommes acceptent de s’aliéner à d’autres. Pourquoi le feraient-ils ? Avec quelle contrepartie ? Il n’y a nul dédommagement possible pour celui qui renonce à tout.


3. Enfin, Rousseau, au contraire, considère que l’esclavage est radicalement incompatible avec le droit. Le concept de « droit du plus fort » disparaît dès lors de sa plume dès la fin du deuxième chapitre. Mais alors, qu’est-ce que la guerre sinon l’expression du droit du plus fort ?

Le chapitre 2 sur le droit du plus fort reprend ce que nous disions sur la parenté entre Rousseau et Pascal dans le second Discours. Le droit (qui relève de l’ordre moral) ne peut être fondé par la force (de l’ordre physique). Cette dernière implique la coercition quand le droit exige au contraire l’existence d’une volonté libre.

La force est relative, on n’est jamais perpétuellement « le plus fort » – le droit, lui, s’applique toujours. Autrement dit, la volonté de permanence oblige la force à une mutation, à passer au droit.


Question de méthode


Cette idée, qui invite à envisager les rois (ou les vainqueurs de guerre) comme des Dieux et le peuple (ou les vaincus) comme des bêtes vient d’une erreur méthodologique, qui consiste à établir le droit par le fait c’est-à-dire à prendre l’actualité pour une vérité absolue.

C’est une idée récurrente chez Rousseau.


NB :
Dans le dernier chapitre du 4ème livre du Contrat Social, Rousseau raconte comment la guerre a bouleversé le rapport aux Dieux. Jusqu’alors, les hommes n’avaient que Dieu pour maître. Mais quand ils se firent la guerre, ils refusèrent que les deux camps opposés eussent le même maître. Le nombre de religions se multiplia.

Chaque religion devint attachée aux lois particulières de l’État qui la prescrivait.

Le christianisme n’a chez Rousseau aucune vertu politique, car il a un « esprit dominateur » qui amenuise l’État. En revanche, Rousseau distingue le christianisme politique du christianisme de l’Évangile (comme Kierkegaard ou Jacques Ellul après lui, entre autres) :

Le christianisme (…) celui de l’Évangile, qui en est tout à fait différent. Par cette religion sainte, sublime, véritable, les hommes, enfants du même Dieu, se reconnaissent tous pour frères et la société qui les unit ne se dissout pas même à la mort.


Établir le droit par le fait. Pour le dire autrement, Rousseau n’est pas un phénoménologue (philosophie qui écarte toute interprétation abstraite pour se limiter à la description et à l'analyse des seuls phénomènes perçus.). Il est même l’anti-phénoménologue par excellence : le fait, ce que l’on peut observer, n’a pas valeur de vérité pour Rousseau. Le fait cache l’essence véritable des choses.

Si certains hommes sont dans les faits esclaves, c’est parce qu’ils ont cessé de lutter. Mais les premiers esclaves étaient des esclaves contre-nature. Pour poursuivre son argument – selon lequel l’esclavage et la tyrannie ne sont aucunement naturels -, Rousseau étudie la notion de « droit du plus fort ».

Comme nous l’avons vu dans l’étude du second Discours, aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable.

C’est au nom du droit d’esclavage défendu par Grotius que le despotisme a pu naître en politique.




Auteure de l'ouvrage :

Margaux Cassan est diplômée de l'ENS-PSL en Philosophie et religions, et est l'auteure de Paul Ricoeur, le courage du compromis. Linkedin


1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Rousseau : lecture suivie