couverture du livre le Contrat social de Rousseau


Résumé du Contrat social

C’est dans cet ouvrage, publié en 1762, que l’on trouve la célèbre théorie de la volonté générale. La souveraineté du peuple y est affirmée, et Rousseau montre que c’est un pacte, le fameux contrat social, qui fonde la légitimité de l’union de plusieurs individus, sortant de l’état de nature, en une société.

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Du même auteur : Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

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La naissance de la morale et de la justice


La vie en société s’accompagne d’un changement dans la nature de l’homme lui-même. L’instinct est remplacé par la justice et la moralité. Le passage de l’état de nature à l’état civil n’est pas une simple évolution ; ainsi que le montre ce tableau qui reprend les éléments du chapitre XIII du livre 1.

Le rapport de domination physique se transforme pour s’incarner dans une domination morale. Sans toucher l’autre, ou le contraindre par la force, on peut obtenir de lui obéissance.


tableau de données


Après avoir lu le second Discours, on peut être étonné de lire sous la plume de Rousseau : Il [L’homme] devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais, et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme ; ou encore : l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. 1


Dans le second Discours, rappelons-nous, il distinguait l’homme et l’animal en ces termes : L'un choisit ou rejette par instinct, et l'autre par un acte de liberté ; ce qui fait que la bête ne peut s'écarter de la règle qui lui est prescrite.

Dans le Contrat Social, l’homme à l’état de nature est une bête que l’état civil sort de sa misérable condition. Pire, l’homme à l’état de nature est esclave de l’appétit que lui commande son instinct. Une vision qui contraste du tout au tout avec celle qu’il défendait quelques années plus tôt.


Ici, le contrat social est un échange, mais un échange gagnant. Dans une émission animée par Adèle Van Reeth, Bruno Bernardi expliquait ainsi les termes de cet échange :

Pour Rousseau, la liberté de l’homme est strictement une liberté d’indépendance. Ma volonté ne me lie à personne d’autre. Je fais ce que je veux à une condition près, c’est que je le puisse. Ce qui fait que cette liberté « formellement d’indépendance infinie » est réellement restreinte. Cette liberté d’indépendance je l’ai perdue à partir du moment où je vis en société puisque je suis lié par des liens de dépendance mais surtout par des liens d’obligation à commencer par avoir accepté d’obéir à des lois.

À partir de là, je vais gagner trois sortes de libertés en rentrant dans l’ordre civil : la liberté politique (n’être soumis à aucune volonté que la volonté générale et pouvoir contribuer à sa définition), la liberté civile (la société me protège ainsi que mes biens et me garantit de pouvoir faire tout ce que la loi n’interdit pas) et la liberté morale (le fait que ce je fais, je le fais par une décision volontaire).


On voit combien Rousseau envisage désormais le contrat social comme un salut pour l’homme à l’état de nature alors que la liberté dans le second Discours était plutôt associée à la possibilité de l’excès : c’est parce que les hommes sont libres qu’ils se livrent à des excès qui leur causent la fièvre et la mort, parce que l’esprit entrave les sens.


Ces changements sont expliqués ainsi par Henri Guillemin dans sa préface au Contrat social : Rousseau n’a pas réussi à défendre son hypothèse du second Discours selon laquelle l’homme, individuellement pur, est corrompu par la société.

À l’heure du Contrat social, il semble bien que Rousseau ne tienne plus beaucoup à son scénario d’avant-hier.


Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Après tout, l’important pour lui n’est pas là. Trois certitudes habitent sa pensée :

1. Que l’homme est l’œuvre d’un Dieu bon.

2. Que cet homme n’est plus ce qu’il fut.

3. Qu’une présence de lumière subsiste encore en lui, et qu’en faisant confiance, de toute son âme et de toute sa force, à cette clarté divine, la créature se retrouvera.


De la même façon que l’instinct se transforme en liberté politique, l’égalité naturelle des hommes est remplacée par une égalité morale. L’égalité sera définie un peu plus loin comme suit :

J’ai déjà dit ce que c’est que la liberté civile ; à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes, mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessous de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois, et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre.


La métamorphose peut s’incarner dans un tableau de ce type :


tableau de données


Pour être pour être plus exact (ou pour rester fidèle au second Discours), il faudrait établir la distinction suivante :


tableau de données


Avec le contrat, l’égalité devient de convention et de droit. Dans l’état de nature, on a tous les droits tant qu’on arrive à obtenir ce que l’on souhaite obtenir par nous-même. Qu’on l’obtienne par la force ou par le droit du premier occupant, pour conserver la propriété de ce qu’il possède, l’homme a besoin d’un titre positif. Parce que, nous l’avons vu, la force ne dure qu’un temps.

L’État devient alors maître des biens de l’homme, le prétendu droit du premier occupant, sous certaines conditions (que le terrain soit non habité, qu’il y ait juste la quantité suffisante pour subsister, que l’homme en prenne possession par le travail et la culture), devient légitime parce qu’il est établi par le droit de propriété.

Et ainsi, le pouvoir législatif régit les problèmes du monde pour le bien de la plupart.




Auteure de l'ouvrage :

Margaux Cassan est diplômée de l'ENS-PSL en Philosophie et religions, et est l'auteure de Paul Ricoeur, le courage du compromis. Linkedin


1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Rousseau : lecture suivie