couverture du livre l'Ethique de Spinoza

Résumé de : l'Ethique

L’Ethique de Spinoza n’est publiée qu’à sa mort, en 1677, pour éviter la censure. Ce livre est d’ailleurs interdit dès l’année suivante. Il y développe ses idées à la façon des mathématiciens (en faisant s’enchaîner des propositions rigoureusement déduites les unes des autres). Dieu, la liberté, les passions, sont examinés tour à tour, pour élaborer une nouvelle définition du sage.

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Spinoza Ethique
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D’autre part, il suffit de se former une idée claire et distincte de l’objet d’une de nos passions pour qu’il cesse d’être une passion : un affect qui est une passion est une idée confuse 1.

Pour prendre un exemple simple, sinon simpliste : supposons que je me meure d’amour pour une personne inaccessible ; il suffit de se former une idée réelle de l’être aimé pour que je cesse de la désirer, en tout cas si intensément. Ou encore : il suffit que je prenne conscience de mon amour (et que je cesse de le subir inconsciemment) pour que celui-ci disparaisse : un affect est d’autant plus en notre pouvoir, et l’esprit en pâtit d’autant moins qu’il est plus connu de nous 2.


C’est de la connaissance que provient par conséquent la liberté : telle est donc la chose à quoi il faut avant tout s’appliquer, à connaître clairement et distinctement, autant que faire se peut, chacun de nos affects 3.

C’est en effet un seul et même désir qui amène l’homme à agir ou pâtir, selon qu’il procède d’une idée adéquate ou inadéquate. Formons des idées adéquates de tous nos désirs, et nous n’en pâtirons plus, mais nous serons acteur de nos désirs.

Cela est fondamental, car pour Spinoza, ainsi qu’il le montre dans la proposition 40 : plus chaque chose a de perfection, plus elle agit et moins elle pâtit, et inversement 4.

Celui qui parvient à la connaissance parvient à la liberté, mais également à l’amour : qui se comprend clairement et distinctement soi-même aime Dieu, et d’autant plus qu’il se comprend plus soi-même, ainsi que ses affects 5.


Dieu est pour sa part exempt de joie et de tristesse (car il ne peut passer à une plus ou moins grande perfection), et par suite d’amour ou de haine : Dieu à proprement parler n’aime personne et ne hait personne 6.

Pour comprendre Dieu, il faut comprendre les choses singulières. Mais si l’on atteint Dieu par le 3ème mode de connaissance, tel qu’il a été défini antérieurement, c’est-à-dire par la raison, du point de vue de l’éternité, l’amour qui en naît est également nécessairement éternel 7.

C’est ce troisième genre de connaissance qui permet donc d’atteindre le bonheur et la liberté complète.

Spinoza attribue tout de même à Dieu un amour intellectuel infini de lui-même, semblant contredire ce qui précède. Or l’amour intellectuel de l’esprit envers Dieu est une partie de l’Amour infini dont Dieu s’aime lui-même 8.


L’esprit humain n’est pas détruit en même temps que le corps, il en reste quelque chose, la part éternelle de l’Esprit : l’intellect, marque de notre perfection parce que c’est par lui que nous agissons. Ce qui périt est l’imagination, par laquelle seule nous sommes dits pâtir 9.


Le bonheur n’est pas la récompense de la vertu, c’est la vertu même : ce n’est pas parce que nous contrarions les plaisirs lubriques que nous jouissons de la [béatitude] ; mais au contraire c’est parce que nous jouissons d’elle que nous pouvons contrarier les plaisirs lubriques 10.

Pour synthétiser : la béatitude consiste dans l’Amour envers Dieu, qui naît du 3ème genre de connaissance, et qui se rapporte à l’Esprit en tant qu’il agit 11.


Spinoza conclut l’Ethique en distinguant le sage de l’ignorant : D’où il appert combien le Sage est fort et vaut mieux que l’ignorant, qui agit par le seul appétit lubrique. L’ignorant en effet, outre que les causes extérieures l’agitent de bien des manières, et que jamais il ne possède la vraie satisfaction de l’âme, vit en outre presque inconscient et de soi, et de Dieu, et des choses, et dès qu’il cesse de pâtir, aussitôt il cesse aussi d’être. Tandis que le Sage conscient de soi, et de Dieu, et des choses avec une certaine nécessité éternelle, jamais il ne cesse d’être 12.




1 livre V, prop.3, démonstration, p.489
2 ibid. corollaire, p.489
3 livre V, prop.4, scolie, p.491
4 livre V, prop.40, p.537
5 livre V, prop.15, p.505
6 livre V, prop.17, corollaire, p.507
7 livre V, prop.33, démonstration, p.527
8 livre V, prop.36, p.529
9 livre V, prop.40, p.537
10 livre V, prop.42, p.539
11 ibid. démonstration, p.541
12 ibid.