couverture du livre l'Ethique de Spinoza

Résumé de : l'Ethique

L’Ethique de Spinoza n’est publiée qu’à sa mort, en 1677, pour éviter la censure. Ce livre est d’ailleurs interdit dès l’année suivante. Il y développe ses idées à la façon des mathématiciens (en faisant s’enchaîner des propositions rigoureusement déduites les unes des autres). Dieu, la liberté, les passions, sont examinés tour à tour, pour élaborer une nouvelle définition du sage.

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Spinoza Ethique
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Les attributs ne sont pas des étants, n’ont pas d’existence consistante en eux même. En revanche, le sujet porteur de cet attribut (l’homme lui-même) est une substance. Et ce qu’on ne peut pas lui enlever sans qu’il disparaisse fait partie de sa substance.


La substance, c’est ce qui se tient en dessous des accidents (sub : en dessous, tenere : se tenir).

Depuis Aristote, ces termes ont ce sens là ; l’homme (substance) a divers attributs (ou accidents) : beau, grand, naïf, etc. Or Spinoza renverse radicalement cette perspective. Chez lui, l’homme n’est plus une substance subsistant en soi.


Il n’est plus en lui-même qu’un attribut, un accident, de la seule substance qui existe véritablement : Dieu, autrement dit la Nature.

Il n’est naturellement pas le seul à être frappé de cette dégradation, de ce changement ontologique. L’ensemble des étants (tout ce qui est) n’est qu’attribut de Dieu.

Chez les stoïciens, l’homme n’était certes compris que comme partie du Tout, qui est le cosmos. Mais l’homme restait substance, parmi les substances. Ici ce n’est plus le cas.


On comprend dès lors pourquoi Spinoza dit que tout ce qui est est en Dieu et rien ne peut sans Dieu ni être ni se concevoir1.

Dieu est cause de tout, mais pas au sens traditionnel où tout serait un effet de son intellect et de sa volonté infinie. C’est humaniser Dieu que de lui accorder ces facultés (intellect et volonté). A la rigueur, on peut le lui accorder métaphoriquement, mais alors il faut garder à l’esprit que l’un et l’autre de ces deux attributs représentent réellement en Dieu toute autre chose que ce que les hommes, d’ordinaire, entendent vulgairement par là. La volonté et l’intellect réels de Dieu divergent de notre conception traditionnelle de la volonté et de l’entendement tout autant que le Chien zodiacal (la constellation du Chien) diffère de l’animal.

En fait, Dieu est cause de tout non pas au sens où il décide de tout, mais au sens où tout découle nécessairement de sa nature.


Spinoza se place dans une perspective résolument déterministe, au sens où pour lui tout événement, loin de se produire par hasard, découle d’une cause, elle-même dérivant d’une cause antérieure, qui n’est à son tour que l’effet d’une cause précédente, etc. En remontant la chaîne des causes, on parvient à la 1ère des causes qui est la cause de soi (causa sui) : Dieu.

Donc tout être humain, tout étant, tout événement, est un effet nécessaire de la nature de Dieu, dans son déploiement historique. Rien n’est contingent, rien ne se produit par hasard : Dans la nature des choses, il n’y a rien de contingent, mais tout y est déterminé par la nécessité de la nature divine, à exister et à opérer d’une manière précise.

Néanmoins Spinoza appelle « contingentes » les choses singulières, non pas au sens où elles se produiraient sans cause, mais au sens où leur cause ne se situe pas en elle-même, mais dans d’autres causes ou événements ultérieurs. Seul Dieu n’est pas contingent dans la mesure où en tant que cause de soi, il porte sa cause en lui-même.


Spinoza peut distinguer alors deux choses : la « nature naturante » : Dieu lui-même, cette cause de soi d’où tout provient, et la « nature naturée », à savoir l’ensemble des attributs créés par ce dynamisme et qui restent en Dieu.

Voici la définition précise de ces deux termes :

Nature naturante : ce qui est en soi et se conçoit par soi, autrement dit tels attributs de la substance, qui expriment une essence éternelle et infinie

Nature naturée : tout ce qui suit de la nécessité de la nature de Dieu, ou de ses attributs, ou des manières de ses attributs, en tant qu’on les considère comme des choses qui sont en Dieu.


Les étants puisqu’ils découlent de la nature parfaite de Dieu, sont en eux-mêmes parfaits, ainsi que les événements qui se produisent : les choses ont été produites par Dieu avec la suprême perfection : puisque c’est de la plus parfaite nature qui soit qu’elles ont suivi nécessairement.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0