couverture du livre l'Etre et le Néant de Sartre

Résumé de : l'Etre et le Néant

L’Etre et le Néant, publié en 1943, cherche à répondre à la question « qu’est-ce que l’être ? ». Cela amène Sartre à s’intéresser à la conscience, au néant, à autrui, mais aussi à des comportements comme la mauvaise foi ou la honte. Sartre utilise pour ce faire une approche phénoménologique qui se nourrit de ses lectures de Heidegger.

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Du même auteur : l'Existentialisme est un humanisme  l'Imaginaire

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l'être et le néant
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Maintenant que l’on commence à avoir une compréhension plus approfondie de l’être, intéressons-nous à son contraire, le néant, comme l’ouvrage l’annonce en son titre même. Peut-être que cet examen nous révèlera, par contrecoup, de nouvelles choses sur l’être.


Première partie : le problème du néant


Il ne faut pas, comme le fait Descartes avec l’âme et le corps séparer les deux termes d’un rapport pour essayer de les rejoindre ensuite1. On n’obtient ainsi en effet qu’une abstraction, qui est une sorte de fiction, donc d’erreur, puisqu’alors on pense à l’état isolé ce qui n’est point fait pour exister isolément, selon la célèbre définition de l’abstraction de Laporte.

Or, il est abstrait de différencier le phénomène de la conscience, puisqu'ils sont liés l'un à l'autre. Ce qui est réellement concret, c’est l'homme dans le monde, avec cette union spécifique de l'homme au monde que Heidegger, par exemple, nomme « être-dans-le-monde ».


Étudions le rapport de l’homme au monde.

Partons de ce simple fait : si j’étudie le rapport de l’homme au monde, cela signifie qu'en ce moment même je me tiens devant l'être dans une attitude interrogative : je pose une question.

Or la question est une variété de l'attente : j’attends une réponse de l'être interrogé. Or à toute question il peut y avoir une réponse négative.

Cela montre que nous sommes environnés de néant. C'est la possibilité permanente du non-être, hors de nous et en nous, qui conditionne nos questions sur l’être. Ainsi, une nouvelle composante du réel vient de nous apparaître : le non-être.


Examinons les rapports entre être et non-être.


C’est par l’homme que le non-être surgit : le non-être apparaît toujours dans les limites d'une attente humaine. C'est parce que je m'attends à trouver 1500 francs que je n'en trouve que 1300. On ne pose pas nécessairement une question à un homme : si mon auto a une panne, c'est le carburateur, les bougies que j'interroge.


Si j'attends un dévoilement d'être, c’est que je suis préparé du même coup à l'éventualité d'un non-être. Si j'interroge le carburateur, c’est que je considère comme possible qu’il n’y ait rien dans le carburateur, donc ma question enveloppe par nature une certaine compréhension préjudicative du non-être ; elle est, en elle-même, une relation d'être avec le non-être.


C’est donc bien par l’homme que le néant surgit dans le monde. Par la question, mais aussi par la perception ou le jugement.

En effet, Sartre rappelle que dans la perception, il y a toujours constitution d'une forme sur un fond. La néantisation des formes dans un fond est la condition nécessaire pour l’apparition de la forme principale.

De même, le jugement de négation est conditionné et soutenu par le non-être : la condition nécessaire pour qu’il soit possible de dire non, c’est que le non-être soit une présence perpétuelle, en nous et en dehors de nous, c'est que le néant hante l’être.

Sartre remarque que l’être n'est pas une structure parmi d'autres, un moment de l'objet, il est la condition même de toutes les structures et de tous les moments.

Il faut saisir que le néant hante l'être. Cela signifie que l’être n'a nul besoin de néant pour se concevoir, et qu’on peut inspecter sa notion exhaustivement sans y trouver la moindre trace du néant. Mais au contraire le néant qui n'est pas ne saurait avoir qu'une existence empruntée : c'est de l’être qu’il prend son être ; son néant d'être ne se rencontre que dans les limites de l’être et la disparition totale de l'être ne serait pas l'avènement du règne du non-être, mais au contraire l’évanouissement concomitant du néant. Il n’y a de non-être qu'à la surface de l'être.

Autrement dit, l’être est antérieur au néant et le fonde.

Heidegger ne tombe pas dans l’erreur de Hegel, il ne conserve pas au non-être un être, même abstrait : le néant n'est pas, il se néantit.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0