couverture du livre l'Etre et le Néant de Sartre

Résumé de : l'Etre et le Néant

L’Etre et le Néant, publié en 1943, cherche à répondre à la question « qu’est-ce que l’être ? ». Cela amène Sartre à s’intéresser à la conscience, au néant, à autrui, mais aussi à des comportements comme la mauvaise foi ou la honte. Sartre utilise pour ce faire une approche phénoménologique qui se nourrit de ses lectures de Heidegger.

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Du même auteur : l'Existentialisme est un humanisme  l'Imaginaire

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l'être et le néant
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Mais que doit être la liberté humaine si le néant doit venir par elle au monde ?1


La liberté n'est pas une faculté de l'âme humaine, ou une propriété qui appartiendrait entre autres à l'essence de l'être humain. C'est l’être de l'homme qui est liberté : il n'y a pas de différence entre l’être de l'homme et son « être-libre ».

La réalité humaine ne peut s'arracher au monde - dans la question, le doute méthodique, l’épochè, etc. - que si par nature elle est arrachement elle-même. Descartes fonde d'ailleurs le doute sur la liberté. Or le néant implique également la présence du néant en l’homme.


Quelle est la forme que prend la conscience de la liberté ? L’angoisse : c’est dans l’angoisse que l’homme prend conscience de sa liberté.

Sartre rappelle une distinction de Kierkegaard entre deux émotions que je peux ressentir : la peur (vis-à-vis des autres êtres du monde) et l’angoisse (vis-à-vis de moi-même).

Ainsi par exemple, j’ai peur du précipice, mais j’ai l’angoisse de m’y jeter de moi-même. Ou encore : le bombardement fait peur au soldat, mais l’angoisse naît en lui quand il essaie de prévoir son comportement en cas de bombardement.


Pour éviter l’angoisse, il faudrait que je saisisse en moi un rigoureux déterminisme psychologique (les motifs déterminent ma conduite) mais précisément je m’angoisse parce que mes conduites ne sont que possibles. L’angoisse me révèle donc comme être libre, ou : l’homme s’angoisse, parce qu’il est libre.

Pour fuir l’angoisse, on essaie de croire au déterminisme. Par exemple, le joueur de casino qui prend une bonne résolution, celle de s’arrêter de jouer. Face au tapis vert, il sera angoissé, car il comprendra qu’ après avoir édifié patiemment des barrages et des murs, après [s]’être enfermé dans le cercle magique d’une résolution, [il] s’aperçoit avec angoisse que rien ne [l]’empêche de jouer.

Pour montrer que l’homme est toujours séparé par un néant de son essence, Sartre rappelle ces mots de Hegel : Wesen ist was gewesen ist (l’essence, c’est ce qui a été).

L’angoisse apparaît rarement, bien que l’homme soit toujours libre, car on ne saisit notre liberté que par réflexion. Tant qu’on reste pris dans l’action, elle ne fait pas question.


Pourtant n’y a-t-il pas des valeurs qui peuvent nous guider dans nos choix et supprimer en nous l’angoisse ?

En fait, ma liberté est l’unique fondement des valeurs et donc rien, absolument rien, ne me justifie d’adopter telle ou telle échelle des valeurs. En effet, la valeur relève de l’idéal et non de l’être. Elle ne se dévoile donc pas à une intuition, mais est créée par ma liberté. C’est parce que nous sommes libre qu’il y a des valeurs.

Cela génère une angoisse car s’il n’y a pas d’autre fondement des valeurs que ma liberté, il n’y a pas de raison de choisir tel comportement plutôt que tel autre : ma liberté s’angoisse d’être le fondement sans fondement des valeurs.


Le monde est peuplé de garde-fous contre l’angoisse : les réveils, les écriteaux, les feuilles d’impôts, les agents de police, qui donnent l’illusion d’un déterminisme, auquel on ne peut qu’obéir. Mais je me découvre tout à coup comme celui qui donne son sens au réveil, celui qui s’interdit, à partir d’un écriteau, de marcher sur une pelouse… celui qui fait que des valeurs existent.

Finalement j’ai à réaliser le sens du monde et de mon essence : j’en décide seul, injustifiable et sans excuse. C’est ce qui crée l’angoisse, qui n’est autre chose que la saisie réflexive de la liberté par elle-même.

On fuit cette angoisse en niant notre liberté, de diverses façons : le déterminisme psychologique est d’abord une conduite d’excuse, ou, si l’on veut, le fondement de toutes les conduites d’excuse. Il essaie de nous convaincre que nous existons sur le mode d’être de l’en soi, comme une chose.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0