couverture du livre l'Imaginaire de Sartre


Résumé de : l'Imaginaire

L’Imaginaire est publié en 1940. Sartre propose une phénoménologie de l’imagination, nourrie de ses lectures de Husserl, auquel il emprunte sa célèbre notion d’intentionnalité de la conscience. Il étudie les caractères essentiels de l’image, en l’opposant au concept et à la perception, et montre que l’imagination est un signe qui révèle la liberté de l’homme.

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Du même auteur : l'Etre et le Néant  l'Existentialisme est un humanisme

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Sartre l'imaginaire
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Le sentiment n'est plus jamais que ce qu'il est […] Il a maintenant une pauvreté profonde […] Il se joue, il se mime. Les images que nous avons peine d'Annie vont se banaliser1. Cet amour perd sa nuance propre : il devient de l'amour en général et se rationalise en quelque sorte. Il est à présent ce sentiment passe-partout que le psychologue et le romancier décrivent.


Mon amour aura subi un appauvrissement radical et devient plus facile. L’être aimé n'a plus son indépendance. On n'a plus à faire d'efforts. Il devient plus conforme à nos désirs qu’il ne le fut jamais.

C'est ce qui différencie les vrais sentiments des sentiments imaginaires. Il suffit d’une simple réapparition du réel pour dissiper cette forme dégradée de sentiments : Le réel s'accompagne toujours de l'écroulement de l'imaginaire.

Il s'agit de deux types d'objets, de sentiments et de conduites irréductibles.


Le schizophrène et le rêveur morbide préfèrent l'imaginaire au réel : ils adoptent des sentiments et une conduite imaginaire à cause de leur caractère imaginaire. On ne choisit pas seulement telle ou telle image, on choisit l'état imaginaire, avec tout ce qu'il comporte.

Sartre décrit en des lignes admirables cet état psychologique: on ne fuit pas seulement le contenu du réel ((pauvreté, amour déçu, etc.), on fuit la forme même du réel, son caractère de présence, le genre de réaction qu'il demande de nous, la subordination de notre conduite à l'objet, l’inépuisabilité des perceptions, leur indépendance… Cette vie factice figée ralentie, scolastique, qui pour la plupart des gens n'est qu'un pis-aller, c'est elle précisément qu’un schizophrène désire. Le rêveur morbide qui s'imagine être roi ne s'accommoderait pas d'une royauté effective ; même pas d'une tyrannie où tous ses désirs seraient exaucés. Car jamais un désir n’est à la lettre exaucé du fait précisément de l'abîme qui sépare le réel de l'imaginaire.

Pour résumer, le réel est toujours nouveau, toujours imprévisible […] au contraire les sentiments du rêveur morbides sont solennels et figés ; ils reviennent toujours avec la même forme ; rien n'est laissé en eux au hasard.


Un problème surgit néanmoins : le monde du rêve se donne comme un monde réel et perçu.

Il semble donc qu'il y ait au moins un cas où l’image se donne comme perception : dans le rêve. Cela contredit-il la distinction image/perception proposée par Sartre au début de l’ouvrage ?

En fait toute apparition de la conscience réflexive dans le rêve correspond à un réveil momentané. La réflexion détruit le rêve mais conforte au contraire la conscience dans le réel. On voit là la fragilité du rêve, à la merci de toute réflexion.


Dans le rêve, la conscience ne peut pas sortir de l'attitude imageante où elle s'est enfermée elle-même […] tout lui est image […] le rêve est une conscience qui ne peut sortir de l'attitude imageante

Il ne faut pas croire que cette conscience isolée du monde réel prend l'imaginaire pour le réel car ce qui caractérise la conscience qui rêve, c’est qu'elle a perdu la notion même de réalité. Le rêve est la réalisation parfaite d’un imaginaire clos, c'est-à-dire d’un imaginaire dont on ne peut absolument plus sortir et sur lequel il est impossible de prendre le moindre point de vue extérieur.

Il n'y a pas non plus dans le rêve de possible puisque la conscience ne peut pas prendre de recul par rapport à ses propres imaginations pour imaginer une suite possible de l'histoire qu'elle représente : ce serait le réveil. Le monde imaginaire se donne donc comme un monde sans liberté : il est fatal.


On ne peut sortir d'un rêve que pour trois motifs :

-une prise de conscience réflexive : la peur dans un cauchemar devient si forte que je m'aperçois, par réflexion, que j'ai peur.

-une perception forte (bruit).

-ou enfin : je m'arrête de rêver au moment où je vais mourir, car la suite, c'est-à-dire la mort, est inconcevable.


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1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0