couverture du livre l'Esthétique de Hegel


Résumé de : l'Esthétique

Cet ouvrage présente une série de cours sur l’Art donnés par Hegel à l’université de Heidelberg puis de Berlin entre 1818 et 1829.
Hegel y définit l’esthétique comme la science du beau, une conception qui s’imposera. Il différencie les différents types d’art (symbolique, classique, romantique), comme autant de moments du déploiement de l’Esprit.

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Du même auteur : La Phénoménologie de l'esprit

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Hegel Esthétique
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Maintenant comment peut-on définir une œuvre d’art ?

Il s’agit d’un produit de l’activité humaine, elle est créée pour l’homme (plus précisément pour sa faculté sensible), et a une fin en soi (elle n’est pas moyen pour autre chose).

Hegel examine chacun de ces trois moments de la définition de l’oeuvre d’art.


1/ l’art comme produit de l’activité humaine


L’œuvre d’art est produite par l’homme, mais de quelle manière ? Le créateur obéit-il à des règles universelles, de telle sorte qu’il suffirait de suivre mécaniquement ces règles pour créer une œuvre d’art ? Dans ce cas, il ne dépendrait que de la volonté de chacun d’exécuter la même chose de la même façon et de produire des oeuvres d’art1.

Hegel rejette une telle solution pour deux raisons :

-ces règles sont toujours trop abstraites donc restent indéterminées. Par exemple : « le sujet doit être intéressant » : comment savoir ce qui est intéressant ?

-le caractère mécanique de ces règles se retrouve dans l’œuvre créée : en suivant de telles instructions, on ne peut mettre en place que quelque chose de formellement régulier et mécanique.


A l’inverse, peut-on soutenir que la création de l’œuvre échappe à toute règle mais soit le résultat inconscient et non maitrisé du « génie » et du « talent » du créateur, dans un élan d’ « enthousiasme » ?

Cette opinion a connu un large essor lors de ce que l’on a appelé la « période du Génie », avec Goethe et Schiller. En effet, ces poètes sont repartis à zéro, négligeant toutes les règles fabriquées jusqu’alors, ou allant délibérément contre elles.

Là encore, Hegel ne peut admettre une telle idée.

En effet, l’artiste doit au moins apprendre la technique de la création de son œuvre. Par exemple, pour un pianiste, faire des gammes, pour un peintre, maîtriser la technique de l’aquarelle, etc. Or l’habileté en ces domaines ne peut être servie par aucun enthousiasme, mais seulement par la réflexion, l’application et l’exercice.

De plus, l’œuvre d’art se distingue par la profondeur du contenu qu’elle révèle au spectateur, et un tel contenu ne peut être saisi immédiatement par l’artiste, mais par le travail, l’étude.

Ainsi pour Hegel, c’est uniquement à partir d’un certain âge que l’on peut réaliser des chefs-d’œuvre. Dans certains arts plus que d’autres : la poésie, plus que la musique, sollicite la pensée, et Hegel remarque que c’est dans sa vieillesse que Goethe a écrit ses meilleures poésies.


La beauté d’une oeuvre d’art est donc conférée par l’esprit qui est en elle.

C’est pour cela que le beau artistique est supérieur au beau naturel. Et de fait la valeur spirituelle que présente un événement, l’œuvre d’art le saisit et le fait ressortir d’une manière plus vive et plus visible que ce que l’on peut rencontrer dans le domaine de la vie réelle, non artistique .

Si le beau naturel est évanescent, l’esprit confère aux œuvres d’art une durée.


Pourtant, le beau naturel n’est-il pas supérieur au beau artistique puisqu’il est l’oeuvre de Dieu, alors que l’œuvre d’art n’est que la création de l’homme ? En fait, pour Hegel, l’oeuvre d’art est aussi une manifestation du divin, qui s’opère par la médiation de l’homme créateur.

C’est même une forme de manifestation du divin privilégiée : Dieu apparaît dans la beauté des œuvres d’art, mieux qu’il n’apparaît dans la beauté de la nature.

En effet, le fait d’exister dans la sensibilité inconsciente de la nature n’est pas un mode d’apparition adéquat au divin.


L’art n’est pas seulement mode privilégié de manifestation de l’Esprit divin. Il est ce par quoi l’esprit humain prend conscience de lui-même.

Par la conscience, l’homme comme esprit se redouble. L’homme acquiert cette conscience de soi théoriquement (en se regardant et en pensant à lui-même) mais aussi pratiquement, par son activité, plus précisément en transformant les choses extérieures à lui. Il voit alors cette marque, qui représente une partie de lui-même, sur ces choses. Cela participe à sa prise de conscience progressive de lui-même.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0