couverture du livre l'Esthétique de Hegel


Résumé de : l'Esthétique

Cet ouvrage présente une série de cours sur l’Art donnés par Hegel à l’université de Heidelberg puis de Berlin entre 1818 et 1829.
Hegel y définit l’esthétique comme la science du beau, une conception qui s’imposera. Il différencie les différents types d’art (symbolique, classique, romantique), comme autant de moments du déploiement de l’Esprit.

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Du même auteur : La Phénoménologie de l'esprit

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Hegel Esthétique
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L’art a-t-il pour but de purifier l’homme de ses passions, en les représentant, sur une toile, une scène, etc ? Cette idée est formulée par Aristote dans la Poétique.

Selon lui, l’homme en voyant des tragédies représentées sur scène (meurtre, etc.), est libéré de ses propres désirs de meurtre. Il y a là comme un soulagement: l’art montre à l’homme les passions représentées et par là les adoucit, car l’homme voit enfin les passions hors de lui : il commence à se sentir libre face à elles, car elles s’opposent à lui comme quelque chose d’objectif1.


Ce soulagement d’extérioriser ce qui est intérieur, nous l’éprouvons tous par nos larmes, lorsque nous pleurons ; mais l’art en extériorisant ces passions par des mots, des couleurs ou des notes, procure un soulagement plus grand.

Pourtant, on ne peut attribuer à l’art un rôle d’éducation. La fin de l’art ne peut être le perfectionnement moral, par la purification des passions (catharsis). Cela impliquerait que l’art n’est qu’un moyen, ne trouve plus sa fin en lui-même.

Cette conception de l’art repose ultimement sur une doctrine fixant une opposition irréconciliable entre les passions et la raison, qui devrait dompter les premiers.


L’entendement oppose ces deux termes, comme il oppose universel et particulier, en soi et pour soi, sensible et spirituel, liberté et nécessité, le concept et la vie, la théorie et l’expérience. C’est là une pensée d’entendement, qui sépare les termes opposés, et ne pense pas leur réconciliation, leur synthèse. Cela fait de l’homme un animal amphibie, car il doit vivre dans deux mondes qui se contredisent l’un l’autre .

La philosophie a pour tâche de montrer que la vérité ne se situe que dans la conciliation et la médiation des deux.

C’est ce que ne peut comprendre l’entendement, qui n’arrive pas à s’extraire de la fixité des opposés.

Pour Hegel, l’œuvre d’art est précisément ce dans quoi se réconcilient ces termes opposés. L’art a même pour but de montrer de manière sensible cette vérité, celle de la réconciliation des contraires que ne saisit pas l’entendement : l’art est appelé à dévoiler la vérité sous la forme d’une configuration artistique sensible, il est appelé à manifester cette opposition conciliée.

Ou encore : le beau artistique a été reconnu comme l’un des moyens qui dissolvent et reconduisent à l’unité l’opposition et la contradiction mentionnées ci-dessus entre l’esprit concentré abstraitement en lui-même et la nature.


Kant a reconnu le besoin de ce type d’unité. Il a posé comme fondement tant de l’intelligence que de la volonté, la raison.

Mais il a porté au plus haut point l’opposition rigide pensée/objet, universalité abstraite / singularité sensible, particulièrement dans sa morale (dans la Critique de la raison pratique). En effet, les Idées de la raison, l’unité des opposés, sont inconnaissables par la pensée et leur réalisation pratique demeure un simple devoir différé à l’infini.

Cette unité n’a donc pas chez Kant de réalité ; alors que pour Hegel, seule l’unité est réelle, les opposés étant de simples abstractions.

Certes, dans la Critique de la faculté de juger, le bien est reconnu sans concept comme l’objet d’un plaisir nécessaire. De ce fait, dans le beau kantien universel et particulier, fin et moyen, concept et objet s’interpénètrent parfaitement . Néanmoins cette conciliation apparemment parfaite doit être aussi purement subjective chez Kant.


Pour Hegel, c’est à Schiller que revient le mérite d’avoir […] conçu la conciliation comme étant la vérité, et de l’avoir réalisé dans la production artistique.

Pour Schiller, l’œuvre d’art tend à développer les inclinations, la sensibilité, l’impulsion, de façon telle qu’elles deviennent en elles-mêmes rationnelles. D’autre part, elle fait que la raison, la liberté et la spiritualité sortent de leur abstraction et, unies à l’élément naturel rationalisé en soi [l’œuvre d’art], acquièrent la chair et le sang.

Ainsi, Schiller a conçu scientifiquement l’essence de l’art comme l’unité de l’universel et du particulier, de la liberté et de la nécessité, du spirituel et du naturel.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0