Couverture du livre Ou Bien... ou bien de Kierkegaard


Résumé de : Ou bien... ou bien

En 1843, Kierkegaard publie son premier livre fondamental, deux ans après sa soutenance de thèse et sa rupture avec Regine Olsen.

C'est ici qu'il présente sa célèbre distinction des différents stades de l'esprit, opposant le stade esthétique et éthique.

Ses successeurs le considèreront comme l'une des premières figures de l'existentialisme.

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Du même auteur : Crainte et tremblement  Miettes philosophiques  Post-scriptum

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Ou bien ou bien
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L’esthéticien se caractérise par la grande richesse de sa vie intime, par les nombreux talents, artistiques ou autres, qui sont comme autant de germes en lui, mais aussi, comme on l’a vu, par son manque de volonté.

Aussi laisse-t-il ses talents se développer par eux-mêmes, et sans les hiérarchiser, sans prendre de direction déterminée, en une sorte d’anarchie : son âme est comme un terrain où poussent toutes sortes d’herbes qui toutes, ont un droit égal à bien venir : son lui-même repose dans cette variété. Ainsi tu vois donc ce que signifie un développement esthétique ; c’est un développement comme celui de la plante, et bien que l’individu devienne, il devient ce qu’il est immédiatement1.


Certes il y a un sérieux esthétique (on peut choisir de développer tel ou tel talent, de devenir un Don Juan, un Faust, etc.), qui est comme tout sérieux, utile pour un homme, mais celui-ci ne peut jamais le sauver entièrement. Seul le sérieux éthique le peut.


Seul l’homme éthique se développe, progresse, au sens où l’on dit qu’on devient « mature ». Alors que l’esthéticien reste toute sa vie en quelque sorte « adolescent » irresponsable, l’homme qui a atteint le stade éthique est « adulte » : il a choisi de le devenir, et n’a pas compté sur un développement spontané pour atteindre cette forme pleine et achevée de lui-même. C’est un choix libre et volontaire.


On l’a compris : le juge Wilhelm ne se contente pas de décrire deux stades de l’existence, mais les hiérarchise : je ne peux pas vivre sous des déterminations esthétiques, je sens que ce qu’il y a de plus sacré dans ma vie succomberait, je demande une expression supérieure, et je la trouve dans l’éthique.

Ce personnage dresse une hiérarchie, mais est-ce le cas de Kierkegaard, en tant qu’auteur ? Kierkegaard lui-même conseille-t-il à ces lecteurs de se tourner vers la vie éthique ? Ce n’est pas sûr. Certains signes peuvent faire douter de cela.


Dans l’Avant-propos, Victor Eremita se pose la question, et répond de la manière suivante : il n’y a pas à se demander qui a gagné, si A a été convaincu par B, ou le contraire, car ces papiers n’ont pas de fin. C’est mieux ainsi : on trouve quelquefois des nouvelles dans lesquelles certains personnages exposent des manières opposées de regarder la vie. La fin est en général que l’un convainc l’autre ; tandis que la manière de voir devrait se recommander d’elle-même, on impose au lecteur ce résultat historique : l’autre fut convaincu. Aussi je trouve heureux que ces papiers ne donnent aucun renseignement là-dessus. Le livre lu, A et B seront oubliés, seules les deux conceptions continueront de s’affronter, sans que telle ou telle personnification vienne apporter une solution définitive.


Il n’y a pas de choix, il n’y a pas de « Ou bien – ou bien », si l’une des branches de l’alternative s’impose d’elle-même. Ce qui constitue le choix en tant que tel, assure son caractère tragique, c’est qu’il n’y a pas d’évidence, c’est que l’on doit choisir sans savoir, comme si l’on sautait d’un précipice.

Certes, l’homme éthique, incarné par le personnage du juge Wilhelm, a le dernier mot. On a donc l’impression qu’il remporte la partie. Mais il est naïf de penser que celui qui a le dernier mot a raison.

On ne connaît pas la réponse de l’esthéticien au juge Wilhelm. Mais en réalité, cela fait partie de la logique de son personnage. Lorsqu’on a une conception esthétique de la vie, on ne cherche pas à fonder rationnellement sa position, à utiliser des arguments : la logique ne fait pas partie de l’arsenal de l’esthéticien. Il peut chercher à persuader, séduire, mais pas convaincre, puisque ce serait là se lancer dans quelque chose de sérieux. On peut imaginer que la seule réponse de A à la lettre de B serait un grand éclat de rire.


En laissant les deux conceptions à égalité, sans que rien ne vienne les hiérarchiser, Kierkegaard est à la hauteur du génie du titre de son ouvrage : Ou bien - ou bien. Car la difficulté du choix apparaît ici dans tout son caractère tragique.


Pour lire la suite, téléchargez le livre Kierkegaard : lecture suivie !




1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Kierkegaard : lecture suivie