couverture du livre la Crise des sciences européeennes de Husserl

Résumé de : la Krisis

La Krisis présente une série de textes écrits par Husserl en 1935 et paraît intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort. Il cherche à déterminer l'origine de la crise que traverse l'Europe au début du XXème siècle. Il s’agit pour lui de l’abandon progressif de l’idéal grec de la philosophie au profit d’une science objectiviste.

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Du même auteur : les Idées directrices pour une phénoménologie

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la Krisis
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Cette liberté s'acquiert d'abord par la philosophie théorique. On veut connaître le monde en se libérant du mythe, de la tradition et des préjugés : la philosophie en tant que théorie rend libre1. Cette autonomie théorique s'accompagne d'une autonomie pratique. C'est en cela que la philosophie des Anciens se distingue de la philosophie moderne, qui n'est plus qu'un concept scolaire habituel qui n'englobe qu'un groupe de disciplines.

La philosophie des anciens est une science omni-englobante, une science de la totalité de l'étant.


Dans les premiers siècles de la modernité, par exemple avec Descartes, les sciences ne sont que des rameaux de la philosophie. On veut englober dans l'unité d'un système théorétique toutes les questions pourvues de sens sans exception d'une façon rigoureusement scientifique, dans une méthodologie rationnelle apodictique. Ce système donnera réponse à tous les problèmes.


On voit donc que le concept positiviste de la science à notre époque est un concept résiduel, qui a laissé tomber toutes les questions que l'on avait incluses dans le concept de métaphysique, et surtout les questions ultimes et les plus hautes.


Le point commun de ces questions abandonnées : ce sont des problèmes de la raison.

Les questions philosophiques, au sens habituel du terme, dépassent le monde en tant qu'Universum des simples faits.

C’est pourquoi l’on peut dire que le positivisme décapite la philosophie.

À l'âge antique, la métaphysique était la science des questions ultimes et les plus hautes. Elle parvient à la dignité de reine des sciences au 18ème siècle, qui retrouve cet enthousiasme pour la philosophie, qu'on peut entendre par exemple dans l'Hymne à la joie de Beethoven.


Aujourd'hui quelque chose a changé : cette nouvelle humanité a perdu ce qui lui donnait son élan : la foi dans la philosophie universelle de son idéal et de sa méthode.

Pourquoi ? Parce qu'il s'est avéré que cette méthode ne réussissait que dans les sciences positives. En métaphysique, l'émergence de systèmes philosophiques impressionnants mais hélas divergents a révélé un échec. Ce contraste entre l'échec de la métaphysique et la réussite des sciences positives devint effrayant.


Vint alors une longue période de combats pénibles, qui s'étend de Hume et de Kant jusqu'à nos jours, en vue de comprendre le véritable fondement de cet échec séculaire.

On aboutit alors à un résultat étrange : la philosophie devint à elle-même problème.


La séparation métaphysique/science positive s'accompagne alors d'une séparation entre la raison et l’étant. La modernité philosophique s'est construite sur l'idéal déterminé d'une telle philosophie universelle, qui puisse montrer une saisie par la raison de la totalité de l'étant. Mais, loin d'avoir réussi, on a assisté au contraire à une dissolution interne de cet idéal.

Cet échec a entraîné une refonte révolutionnaire : le problème de la méthode authentique d’une philosophie universelle devient l'objet d'étude de tous les mouvements philosophiques. Cet échec de la philosophie amène par contrecoup une crise dans les sciences modernes, positives, qui ne comprennent plus le sens de leur fondement en tant qu’elles sont des rameaux de la philosophie.


En fait, la fondation de la nouvelle philosophie est la fondation originelle de l'humanité européenne moderne […] C'est pourquoi la crise de la philosophie a la signification d'une crise de toutes les sciences modernes en tant que membre de l'universalité philosophique. C'est une crise de l'humanité européenne elle-même quant à ce qui donne globalement sens à sa vie culturelle.


Les conséquences de cette crise sont l'apparition d'un scepticisme quant à la métaphysique, une baisse de la foi en la raison.

Cela a de graves conséquences, car c’est elle, la raison, qui donne sens de façon ultime à tout ce qui prétend être, à toutes « choses », « valeurs », « buts », en ce qu'elle les rapporte normativement à ce qui, depuis les débuts de la philosophie, est désigné par le terme « vérité ».



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0