couverture du livre la Crise des sciences européeennes de Husserl

Résumé de : la Krisis

La Krisis présente une série de textes écrits par Husserl en 1935 et paraît intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort. Il cherche à déterminer l'origine de la crise que traverse l'Europe au début du XXème siècle. Il s’agit pour lui de l’abandon progressif de l’idéal grec de la philosophie au profit d’une science objectiviste.

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Du même auteur : les Idées directrices pour une phénoménologie

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la Krisis
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Galilée fait abstraction des sujets en tant que personne, abstraction de tout ce qui appartient à l’esprit en quelque sens que ce soit : de cette abstraction résultent les choses purement corporelles, comme formant un monde1.

C'est seulement avec Galilée que l'idée d’une nature en tant que monde-des-corps réellement séparé et fermé sur soi vient au jour.

Le monde se dissocie en deux : la nature, et le monde-du-psychologique.


Les Anciens font des études sur les corps, mais ne posent pas l'existence d'un monde-de-corps clos, objet d'une science universelle de la nature.

Ils font également des recherches sur l'âme humaine et animale, mais ils ne peuvent avoir une psychologie au sens moderne.

C'est là la mutation de sens du monde.


On trouve chez Descartes l’idée d'une mathesis universelle. Les premiers succès de Galilée encouragent ce changement. La philosophie doit être édifiée more geometrico.

Apparaît donc un dualisme : la séparation psychique/physique, qui comme tout dualisme plongea la philosophie dans la perplexité, et donna lieu à toutes ces recherches sur l'entendement humain, ou les critiques de la raison (Locke, Hume, Kant, etc.).

Mais on garde ce type de rationalisme, malgré tout.


Dès que Descartes sépare nature et esprit, apparaît une nouvelle psychologie, avec Hobbes. Le naturalisme de Hobbes est un physicisme, qui a son modèle dans la rationalité physicienne.

L'âme se voit attribuer un mode d'être semblable dans son principe à celui qui est attribué à la nature, et la psychologie est dépassée par la biologie.

Cette naturalisation de ce qui relève de l'âme est reprise également par Locke.

Spinoza pense de la même manière que ce n'est pas seulement la nature mais la totalité de l’être en général qui devrait être un système rationnel unifié. Pour lui, c'est une évidence préalable. Même le psychologique est pour lui un système rationnel unifié. Il participe donc lui aussi à ce physicisme.


Grâce à cette nouvelle conception, l'homme domine de plus en plus le monde.

Mais quelque chose vient ébranler cette approche : les connaissances des mathématiques, en tant que formations de l'esprit, appartiennent précisément au domaine de l’esprit, la psychologie.

Naît alors une skepsis paradoxale avec Berkeley, qui attaque les concepts fondamentaux de la mathématique et de la physique, comme autant de fictions psychologiques. Cela atteint l'idéal philosophique moderne.


Certes ces sciences ont atteint des succès incontestables, mais dès qu'on les regarde à partir de la psychologie, elles deviennent incompréhensibles.

Or cette révolution, la plus grande de toutes, se caractérise comme un renversement de l'objectivisme scientifique, celui des Modernes certes, mais aussi celui de toutes les philosophies depuis des millénaires, son renversement en un subjectivisme transcendantal.


Apparaît donc un combat entre l'objectivisme et le transcendantalisme.

Voici comment Husserl caractérise ces deux mouvements :

L’objectivisme se meut sur le terrain du monde donné d’avance avec évidence par l’expérience, et ses questions visent la vérité objective de ce mode, ce qui est en soi.

Tandis que le transcendantalisme considère que le sens d'être du monde donné dans la vie est une formation subjective. Seul donc un retour sur la subjectivité, qui rend possible de façon ultime toute validité du monde, peut rendre compréhensible la vérité objective et atteindre l'ultime sens d’être du monde.

Ce n'est donc pas l’être du monde dans son évidence sans question qui est en soi ce qu'il y a de premier ; ce qui est premier en soi est au contraire la subjectivité et ce en tant qu'elle pré-donne naïvement l’être du monde, puisqu'elle le rationalise.

Le transcendantalisme n'est pas un simple subjectivisme. Il proteste au contraire contre l'idéalisme psychologique, et prétend instituer une scientificité d'une nouvelle nature.


Husserl soutient que toute l'histoire de la philosophie depuis l'apparition de la « théorie de la connaissance » est l'histoire des tensions violentes entre philosophie objectiviste et philosophie transcendantale.

L'objectivisme essaie toujours de s'élaborer sous une forme nouvelle, tandis que le transcendantalisme essaie de se rendre maître des difficultés entraînées par l'idée de la subjectivité transcendantale. Il faut éclaircir l'origine de cette tension interne du développement de la philosophie.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0