couverture du livre la Crise des sciences européeennes de Husserl

Résumé de : la Krisis

La Krisis présente une série de textes écrits par Husserl en 1935 et paraît intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort. Il cherche à déterminer l'origine de la crise que traverse l'Europe au début du XXème siècle. Il s’agit pour lui de l’abandon progressif de l’idéal grec de la philosophie au profit d’une science objectiviste.

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Du même auteur : les Idées directrices pour une phénoménologie

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la Krisis
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La mathématique devient une « Ars », c'est-à-dire un simple art d'obtenir des résultats grâce à une technique de calcul qui suit des règles techniques : les seuls modes de pensée et les seules évidences qui entrent alors en jeu sont ceux qui sont absolument nécessaires à une technique en tant que telle. On opère avec des lettres, des signes de connexion de rapport (+, X, =, etc.)1.

Ce ne fut qu’un début : la technicisation s'empare de toutes les autres méthodes propres des sciences de la nature.


Or le monde-de-la-vie apparaît comme le fondement de sens oublié de la science de la nature.

Il s’opère en effet, déjà chez Galilée, une substitution remarquable : le monde mathématique des idéalités est pris pour le seul monde réel, celui de notre expérience, notre monde-de-vie quotidien.

La géométrie dont Galilée hérita était déjà éloignée de l'intuition, mais on y trouve encore des constructions intuitives, une façon intuitive d'imaginer.

Alors que dès Galilée commence la substitution d'une nature idéalisée à la nature pré-scientifique donnée dans l'intuition.


Or le problème est le suivant : l'homme qui vit dans ce monde, donc aussi le chercheur de la nature, ne peut situer que dans ce monde de la vie toutes ses questions pratiques et théoriques. Le monde-de-la-vie est l'horizon de toute induction qu'ait un sens. C'est ce monde que nous trouvons en tant que monde de toutes les réalités connues et inconnues : c'est en lui que nous-mêmes nous vivons, conformément à notre mode d'être, c'est-à-dire dans toute la chair de notre personne. Mais ici nous ne trouvons rien des idéalités géométriques, ni l'espace géométrique, ni le temps mathématique.


On assiste donc à une substitution d'une activité méthodiquement idéalisante à ce qui se donne immédiatement comme la réalité.


Le monde-de-la-vie est donné avec une force, une persistance, une vérité dont la nature est unique et insurmontable. Ce monde ne se trouve pas changé, parce que nous avons inventé une méthode particulière, la méthode géométrique et galiléenne, qui porte le nom de physique.

On ajoute pourtant au monde de la vie le vêtement d'idées : la mathématique et la physique : C'est le vêtement d'idées qui fait que nous prenons pour être vrai ce qui est méthode.


Galilée découvre la nature mathématique et la loi de causalité d'après laquelle tout événement de la nature doit obéir à des lois exactes : la nature est mathématique en soi, donnée dans des formules, et à interpréter seulement à partir de formules.

La conséquence du détournement de sens que la mathématisation galiléenne fait subir à la nature est la fameuse doctrine galiléenne de la subjectivité pure et simple des qualités sensibles.

Elle fut développée logiquement par Hobbes comme une doctrine de la subjectivité de l'ensemble des phénomènes concrets de la nature, et du monde donné dans l'intuition sensible en général : les phénomènes n’existent que dans les sujets ; ils sont en eux comme de simples conséquences causales des processus qui ont lieu dans la vraie nature, processus qui de leur côté n'existent que sous la forme de propriétés mathématiques.

Si le monde donné à l'intuition, celui que nous vivons, est purement subjectif, alors l’ensemble des vérités de la vie pré-scientifique et extra-scientifique perdent leur valeur.

Si la nature est mathématique, alors la légalité universelle de la nature, bien qu'elle soit elle aussi mathématique, est accessible par l'expérience (a posteriori). C'est là l'opposition maths/sciences de la nature.


Husserl décrit ce qu'il essaie d'atteindre : un mode de pensée qui essaie de faire valoir l'intuition originelle, c'est-à-dire le monde de la vie pré-scientifique : le retour authentique à la naïveté de la vie, mais dans une réflexion qui s'élève au-dessus de ce sol, est l'unique chemin possible pour surmonter la naïveté philosophique latente dans la « scientificité » de la philosophie objectiviste traditionnelle.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0