couverture du livre la Crise des sciences européeennes de Husserl

Résumé de : la Krisis

La Krisis présente une série de textes écrits par Husserl en 1935 et paraît intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort. Il cherche à déterminer l'origine de la crise que traverse l'Europe au début du XXème siècle. Il s’agit pour lui de l’abandon progressif de l’idéal grec de la philosophie au profit d’une science objectiviste.

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Du même auteur : les Idées directrices pour une phénoménologie

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la Krisis
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La baisse de la foi en une raison absolue entraîne une baisse de la foi en un sens de l'histoire, du monde, de l'humanité, et de l'homme lui-même. Dès le début de l'histoire de la philosophie on voit apparaître un combat entre une foi naïve en la raison et un scepticisme (skepsis), qui en est la négation ou dévaluation empiriste. Cette skepsis pose le monde vécu, celui de l’expérience réelle, comme ce dans quoi il n’y a aucune raison.


Nous sommes devant le plus grand danger : un naufrage sceptique. Pour comprendre la crise actuelle, il nous faut parvenir à la compréhension du mouvement de la philosophie moderne dans son unité, et ce malgré toutes les oppositions qu'elle contient, depuis Descartes jusqu'à aujourd'hui1.

Husserl remarque que les combats spirituels authentiques de l'humanité européenne se déroulent comme des combats entre philosophes, savoir : entre les philosophies sceptiques (les non-philosophies qui ont conservé le terme mais non la tâche) et les philosophies réelles, encore vivantes.


Il faut fonder une philosophie universelle. En effet c'est ainsi qu'on pourra savoir si le Télos[le but] qui naquit pour l'humanité européenne avec la naissance de la philosophie grecque : vouloir être une humanité issue de la raison philosophique, n'aura été qu'un simple délire de fait historiquement repérable, l'héritage contingent d'une humanité contingente, perdue au milieu d'humanités et d'historicités toutes autres... Ou si ce qui a été perçu pour la première fois dans l'humanité grecque n'est pas plutôt cela même qui […] est inclus par essence dans l'humanité comme telle.


Husserl décrit les philosophes comme des fonctionnaires de l'humanité, humanité tendue vers un Télos qu’elle ne peut atteindre que par la philosophie.

Il présente la Krisis comme un ouvrage d’histoire de la philosophie, une étude historique qui permettra de voir à la fois apparaître la possibilité pratique d’une nouvelle philosophie et d'éclairer le tragique échec de la psychologie moderne.


II/ Elucidation de l’origine de l’opposition moderne entre l’objectivisme physiciste et le subjectivisme transcendantal


À partir de Descartes, une nouvelle idée gouverne le développement des mouvements philosophiques. La mathématique se voit conférée des tâches universelles, et d'un style nouveau.

Les Anciens avaient déjà idéalisé les figures spatiales, et les nombres empiriques. Ils avaient changé les principes et démonstrations en principes et démonstrations géométriques idéaux. Avec la géométrie d'Euclide, apparaît l'idée d'une théorie déductive systématiquement unifiée, reposant sur des principes fondamentaux axiomatiques et procédant par raisonnement apodictique.

Cette théorie déductive permet d'obtenir un ensemble de vérités issues de la rationalité pure, absolument inconditionnées.


Mais l'Antiquité ne conçoit pas la tâche infinie liée au concept d'un espace géométrique, et de la géométrie comme science. Pour nous existe une théorie systématique infinie qui peut construire toute figure dans l'espace. Voici l'apport de la modernité : la conception d'une telle idée d’une totalité d'être rationnelle infinie, systématiquement dominée par une science rationnelle, voilà la nouveauté inouïe.

Les objets de ce fait ne sont pas accessibles individuellement, incomplètement et comme par hasard à notre connaissance, mais sont atteints par une méthode rationnelle systématiquement unifiée, qui finalement dans une progression infinie atteint tout objet. Apparaît donc cet idéal de science qui enveloppe tout rationnellement. La mathématique s'étend alors aux sciences de la nature. Cela change l’idée de la philosophie.


Ainsi par exemple si avec le platonisme la nature (ou le réel) participe à l’idéal, avec Galilée la nature est l'idéal. Le monde est une multiplicité mathématique. Apparaît l'idée que chacun de nous a ses apparences, pour qui elles valent comme ce qui est réellement. Nous n'allons pas nous figurer pour autant qu'il y a plusieurs mondes. C'est une nécessité pour nous de croire à un Monde : le Monde qui comprend les mêmes choses pour nous tous, seules leurs apparences diffèrent les unes des autres.


Mais quel est le contenu de ce monde en soi ? Galilée prétend le trouver.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0