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Résumé du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes

Dans cet ouvrage majeur de la philosophie politique, Rousseau développe une conception originale de l'homme à l'état de nature, qui pose d'une nouvelle manière le problème de l'inégalité entre les hommes.

Pourquoi, dans nos sociétés modernes, les hommes sont-ils inégaux ? Faut-il y remédier, et si oui comment ?

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Du même auteur : Du Contrat social

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C’est un travail de clarification que nous nous proposons de livrer ici, en suivant avec minutie le fil du texte.

Le Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes paraît en 1755. Il s’agissait pour Jean-Jacques Rousseau de répondre au sujet de concours proposé par l’académie de Dijon en 1753.


Contexte

Le philosophe est né en 1712 à Genève. Après avoir été reçu en pension, Rousseau obtient un apprentissage comme maître-graveur. Il a 15 ans. Il exerce ensuite plusieurs « petits métiers » entre la France, la Suisse et l’Italie.

En 1742, il présente devant l’Académie des Sciences son premier projet : un système de notation musicale. Il collabore ensuite avec l’Encyclopédie. C’est dans ce cadre qu’il présente ses textes à l’académie de Dijon. Si son Discours sur les sciences et les arts est primé et lui offre une large notoriété, Le Discours sur l’origine des inégalités parmi les hommes ne reçoit pas de prix. Pourtant, il figure aujourd’hui parmi les textes philosophiques les plus lus et commentés.

Pourquoi ?

Nous proposons ici une lecture chronologique du Discours, qui permettra de comprendre précisément les concepts développés ici : l’état de nature, l’homme sauvage, l’inégalité, la pitié, l’homme civil. Il est organisé ainsi : une dédicace, une préface, une courte introduction, deux parties, des notes.


Le titre

Le titre, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, répond directement à la question posée par l’Académie de Dijon : « Quelle est l’origine de l’inégalité parmi les hommes, et si elle est autorisée par la loi naturelle ? »

Pour y répondre, Jean-Jacques Rousseau traitera de plusieurs sous-questions. Comment est-on passé de l’état de nature à l’état civilisé ? Comment, pour paraphraser une formule désormais détournée, l’Homme est-il rentré dans l’histoire ? Comment appréhender l’Homme avant la civilisation ? Était-il bon ? Mauvais ? Les hommes étaient-ils égaux ? À quel prix ? D’où vient l’inégalité ? Est-elle légitime ?

La réponse à ces questions lui permettra de servir sa thèse principale : c’est la civilisation qui est responsable de l’inégalité qui règne parmi les hommes.


Le texte dans son ensemble repose sur la distinction entre l’homme civil et l’homme sauvage. Même si nous reviendrons à la fin de la première partie sur la définition exacte de l’homme sauvage, la lecture nécessite d’entendre à ce stade ceci : l’homme civil désigne l’homme tel qu’il existe à l’époque de Rousseau dans la grande majorité des sociétés (à l’exception peut-être des sociétés primitives que Rousseau qualifie de sauvages) ; l’homme à l’état de nature désigne l’homme dans un état imaginé, qui aurait précédé l’établissement des sociétés.

Cet homme n’a pas existé historiquement : c’est une fiction historique à partir de laquelle Rousseau imagine ce qu’a pu être l'homme avant la société. L’homme avant la société n’était pas encore l’homme civil ; il n’était pas non plus un animal. Il était autre chose – et vivait dans un état bien moins inégalitaire que celui des hommes civils.


Dédicace


Ceci dit, commençons donc notre lecture de la Dédicace, et découvrons ce texte qui à présent va nous sembler plus clair. La Dédicace s’adresse à la magnifique République de Genève, magnifique, très honorés et souverains seigneurs 1.

À l’époque, Genève apparaît comme le modèle de la république moderne.

Votre constitution est excellente, dictée par la plus sublime raison, et garantie par des puissances amies et respectables ; votre état est tranquille ; vous n’avez ni guerres ni conquérants à craindre ; vous n’avez point d’autres maîtres que de sages lois que vous avez faites, administrées par des magistrats intègres 2, ainsi Rousseau vante-t-il son pays natal.


Le Musée Jean-Jacques Rousseau de Montmorency précise ceci :

En août 1754, Rousseau reprend la religion calviniste de son enfance et recouvre donc ses droits de citoyenneté. Son Discours achevé, le philosophe peut donc signer "Jean Jacques Rousseau citoyen de Genève" et le dédicacer à la République de Genève. Cette année marque également les débuts d'une longue et houleuse collaboration avec son éditeur Marc Michel Rey. Rousseau, inquiété par les rumeurs qui lui viennent de Genève, lui donne pour consigne « de garder sur cet écrit le plus profond secret ».


Que Rousseau conserve de très bonnes relations avec son pays d’origine, et qu’il choisisse de lui dédicacer le Second Discours, même si celui-ci répond à l’académie de Dijon, ne doit pas occulter que la pensée de Rousseau outrepasse largement les débats genevois. Si c’est Genève que Rousseau choisit d’honorer, c’est qu’il y voit célébrée et affirmée la valeur de l’égalité qui constitue précisément le thème du Second Discours.

Nous ne nous attarderons pas davantage sur la dédicace, qui ne constitue pas un texte philosophique à proprement parler, mais un éloge dithyrambique, et sans doute d’usage, de la société de Genève.




photo de Margaux Cassan

Auteure :

Margaux Cassan est diplômée de l'ENS-PSL en Philosophie et religions.

Elle est l'auteure d'une biographie de Ricoeur, intitulée Paul Ricoeur, le courage du compromis.

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1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Rousseau : lecture suivie