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Résumé du Traité de la nature humaine (page 6)


C’est parce que nous avons souvent vu le feu suivi de fumée que nous pensons que le feu est cause de la fumée.

Dans cet exemple, nous rencontrons trois éléments : la succession et la contiguïté, mais aussi l’habitude. C’est l’habitude en effet, qui renforce la vivacité d’une idée et par suite notre croyance en celle-ci.

Voici précisément les trois éléments qui nous amènent à postuler une relation de causalité entre deux choses, et c’est cet ensemble que Hume nomme la « conjonction constante ».


Récapitulons tout le cheminement :

Nous faisons l’expérience du feu et nous constatons qu’il est suivi de fumée : succession et contiguïté.

Cette expérience s’est plusieurs fois répétée, et cette habitude renforce, comme on l’a vu, la vivacité de notre impression, puis de notre idée « le feu est cause de la fumée »…

Et par là, notre croyance en cette idée, puisque l’assentiment à une idée dépend de la vivacité de celle-ci.


De ce qui précède il apparaît que nous déduisons une connexion nécessaire entre deux choses de leur « CONJONCTION CONSTANTE » :

Nous nous souvenons d’avoir vu cette espèce d’objet que nous appelons flamme et d’avoir éprouvé cette espèce de sensation que nous nommons chaleur. Nous rappelons pareillement à l’esprit leur conjonction constante dans tous les cas passés. Sans autre cérémonie, nous nommons l’un cause et l’autre effet, et de l’existence de l’un, nous inférons celle de l’autre1.

Mais si cette conjonction constante est à l’origine de notre idée de causalité, elle ne constitue pas un fondement bien solide :

Cette relation de conjonction constante nouvellement découverte semble nous faire avancer bien peu sur notre route. En effet, elle n’implique rien de plus que ceci : des objets semblables ont toujours été placés dans des relations semblables de contiguïté et de succession, et il semble évident, du moins à première vue, que nous ne pouvons jamais découvrir par là aucune idée nouvelle 2.

Autrement dit : de la conjonction constante, on ne peut déduire que la conjonction constante, et non celle de connexion nécessaire, au cœur de la relation de causalité. De « A et B ont été vu ensemble à plusieurs reprises », on ne peut déduire « A est cause de B ».

Hume conclut, impitoyable : De la simple répétition d’événements passés, fût-elle à l’infini, il ne naîtra jamais aucune idée nouvelle et originale, comme celle de connexion nécessaire 3.


Pourtant il nous enjoint de garder espoir… ne peut-on s’appuyer sur ce principe simple, que nous souffle la raison : Les cas dont nous n’avons pas eu d’expérience doivent ressembler à ceux dont nous avons eu l’expérience, [puisque] le cours de la nature demeure toujours identique 4 ?

En réalité ce raisonnement n’est que probable, et non certain, puisque l’on peut concevoir un changement dans le cours de la nature 5.

Une nouvelle fois, la causalité, seule [relation] sur laquelle nous puissions fonder une inférence légitime d’un objet à un autre 6 reste une simple fiction d’un esprit trompé par le pouvoir de l’habitude, qui renforce la vivacité d’une idée, et donc notre croyance en celle-ci.

Enfin, si l’on soutient que dans le feu réside le pouvoir de créer la fumée, le problème reste le même : rien ne nous prouve que ce pouvoir soit toujours dans l’objet, et encore moins que ce pouvoir ait toujours le même effet.

Ce qui nous apparaît à l’issue de ce cheminement, c’est que le principe de causalité n’a pas de fondement rationnel, mais trouve son origine dans trois principes simplement psychologiques qui régissent l’association des idées : la succession, la contiguïté et l’habitude.


Dans la section suivante, Hume s’intéresse à la notion d’existence. En effet lorsque nous croyons à une chose, nous lui accordons l’existence.

Hume précise que l’idée d’existence n’ajoute rien à l’idée d’un objet : L’idée d’existence ne diffère en rien de celle d’un objet quelconque, et […] lorsque après avoir simplement conçu une chose, nous voulons la concevoir comme existante, nous ne faisons en réalité pas d’addition ni n’apportons de modification à notre première idée 7.

D’où vient la croyance en une idée ? Non pas de ce que nous lui ajoutons l’existence, puisque comme on vient de le voir, l’idée d’existence n’ajoute rien, mais de ce que, comme on l’a vu, l’idée est vivace et liée à une impression présente :

Une opinion de croyance peut donc être très précisément définie comme UNE IDEE VIVE RELIEE OU ASSOCIEE A UNE IMPRESSION PRESENTE 8.

Hume revendique être le premier à expliquer la croyance en une idée, ou assentiment : Cet acte de l’esprit n’a jamais été expliqué par aucun philosophe 9.


Hume décrit plus en détail le mécanisme de l’association des idées. Ainsi, il affirme élever au titre de maxime générale de la nature humaine ce principe : Lorsqu’une impression quelconque nous devient présente, non seulement elle transporte l’esprit aux idées qui lui sont reliées, mais de plus elle leur communique une part de sa force et de sa vivacité 10.

Il prend l’exemple des « enfantillages » catholiques : les dévots de cette étrange superstition 11 éprouvent le besoin de représenter les objets de leur foi en images et symboles sensibles 12. Ces images renforcent leur foi.


Chez Hume, la notion de coutume acquiert une importance primordiale, plus que dans toute autre doctrine :

Comme nous appelons COUTUME tout ce qui provient d’une répétition passée, sans aucun raisonnement ni aucune conclusion supplémentaires, nous pouvons établir comme une vérité certaine que toute la croyance qui suit une impression présente procède uniquement de cette origine. Quand nous sommes accoutumés à voir deux impressions jointes l’une à l’autre, l’apparition ou l’idée de l’une nous porte immédiatement à l’idée de l’autre 13.

Celle-ci apparaît comme une force irrépressible : La coutume agit avant que nous ayons eu le temps de réfléchir. Les objets paraissent si inséparables que nous passons de l’un à l’autre sans intercaler ne serait-ce qu’un instant de délai 14.

On peut même remarquer que dans certains cas, la réflexion produit la croyance sans la coutume 15. En effet, lorsque nous faisons une toute nouvelle expérience, que l’on a affaire à de l’inédit, on va pourtant avoir tendance à la généraliser sans attendre de confirmation.

En effet, plusieurs millions [d’expérience] nous convainquent du principe que des objets semblables, placés dans des circonstances semblables, produiront toujours des effets semblables, et comme ce principe s’est établi par une coutume suffisante, il donne de l’évidence et de la fermeté à toute opinion à laquelle il se peut appliquer 16.

1 P.150
2 Ibid.
3 P.151
4 Ibid.
5 P.152
6 Ibid.
7 P.158
8 P.161
9 Ibid., note
10 P.163
11 P.164
12 P.165
13 P.168
14 P.169
15 P.170
16 Ibid.