Couverture du livre Le Post-Scriptum aux Miettes philosophiques de Kierkegaard


Résumé de : Post-scriptum aux Miettes philosophiques

Kierkegaard revient ici sur l'ensemble de son oeuvre pour apporter des précisions sur des points essentiels.
Il développe une féroce critique de la philosophie hégélienne. Il montre en particulier, contre la spéculation abstraite, qu'il ne peut y avoir de système de l'existence.

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Du même auteur : Ou bien... ou bien  Crainte et tremblement  Miettes philosophiques

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Post-scriptum
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§4 Dans ce quatrième point, Kierkegaard commence par opposer l’humilité de Lessing à la prétention de Hegel, quant à la question de la vérité .

Lessing est en effet celui qui écrit ces lignes : Si Dieu tenait enfermée dans sa main droite toute vérité, et dans sa gauche l’unique et toujours vivace impulsion vers la vérité, même avec cette condition supplémentaire de me tromper toujours et éternellement, et s’il me disait : choisis ! je me jetterais avec humilité sur sa main gauche et dirais : Père, donne ! la vérité n’est pourtant que pour toi seul !1.


Hegel, a contrario, entend présenter un système qui saisit la vérité du processus historique, dans toutes ses dimensions : son origine, la signification essentielle de ses différents moments, et sa finalité, grâce à la notion d’Esprit absolu. C’est rien moins que la vérité de l’Histoire universelle, mais aussi de la logique, de la philosophie, de la religion, etc. que Hegel prétend dévoiler dans l’ensemble de son œuvre.


C’est à cette prétention que s’attaque ici Kierkegaard. Tout d’abord il nie la réalité même du système hégélien : je suis prêt à tomber en adoration devant le système si seulement je puis arriver à le voir. Jusqu’à présent je n’y ai pas réussi. Un système est en effet un ensemble d’idées qui se déduisent les unes des autres, et composent un ensemble où chacune trouve sa place et sa légitimité. Ce qui amène à l’idée qu’un système ne peut qu’être complet et achevé : un système et un tout clos sont à peu près une seule et même chose, donc quand le système n’est pas fini, alors il n’y a pas de système. Autrement dit, un système à moitié fini est un non-sens.

Or selon Kierkegaard, la doctrine hégélienne a un caractère inachevé, fragmentaire, lacunaire. Ce n’est donc pas la vérité, mais un simple effort vers la vérité tel que Lessing l’a décrit plus haut.

Pourquoi alors nommer système le fragment effectué ? Donner un titre aussi pompeux à ce simple fragment n’est selon Kierkegaard qu’une « astuce marketing », dirions-nous dans notre jargon contemporain : Si dans le journal […] j’appelle mon travail un effort continu, hélas, qui alors l’achètera ou m’admirera ? Mais si je l’appelle le système, le système absolu, tout le monde achètera le système – il subsistera seulement cette difficulté que ce que veut l’adepte du système n’est pas le système.


Pour Kierkegaard, le système ne peut être qu’inachevé car quelque chose d’essentiel lui échappe : l’existence. Une idée qui fonde la légitimité de l’existentialisme en tant que courant philosophique, et qu’il résume en deux propositions :

Ainsi a) il peut y avoir un système logique
b) mais il ne peut y avoir un système de l’existence


L’auteur du Post-scriptum va développer tour à tour chacune de ces deux propositions.

Il faut bien distinguer les sphères, là où Hegel au contraire les confond, mélange tout avec sa fausse synthèse : rien de ce qui concerne l’existence ne doit se retrouver en logique, et vice-versa. Or l’existence, avons-nous vu, est devenir. Le mouvement est donc une catégorie qui concerne l’existence, et non la logique, contrairement à ce que soutient Hegel.

On sait en effet que c’est là son principal apport, révolutionnaire, à la logique, qui a fait grand bruit : l’introduction du mouvement dans la logique, par la notion de dialectique, qui mène d’un terme à son contraire puis à leur synthèse.

Voici un apport que Kierkegaard n’accepte pas : si un système logique doit être construit, il faut surtout faire attention à ce qu’on n’y reçoive rien de ce qui est assujetti à la dialectique de l’existence, de ce qui donc, n’est que parce que cela existe ou a existé, non parce que cela est. Il suit de là très simplement que cette découverte incomparable et incomparablement admirée de Hegel, d’apporter le mouvement dans la logique, consiste justement à introduire la confusion dans la logique.

Il serait selon lui insensé de poser le mouvement comme base dans une sphère où il est impensable, ou de laisser le mouvement expliquer la logique, alors que la logique ne peut pas expliquer le mouvement.


Kierkegaard rejette donc la dialectique hégélienne, un procédé qui confond deux sphères irréductibles ; cette erreur vient du fait que Hegel serait resté aveugle à la notion d’existence, sans comprendre qu’il s’agit là du vrai point de départ, dont il faut partir.

Ce qui l’amène à présent à s’en prendre au système hégélien sous un nouvel angle : son commencement. Selon Hegel, le système commence par « l’immédiat ». Mais Kierkegaard accorde ce privilège chronologique et ontologique à l’existence. Nous sommes des êtres existants comme on l’a vu, et c’est là la base de tout, ce sur quoi tout le reste ne peut venir qu’ultérieurement se fonder.

Ainsi comment commence le système avec l’immédiat, c’est-à-dire commence-t-il immédiatement avec lui ? A cette question, il faut bien répondre non sans restriction. Si l’on admet que le système est après l’existence […] alors le système vient derrière et ainsi ne commence pas immédiatement avec l’immédiat. Ici encore, il fonde la légitimité de l’existentialisme, en accordant à l’existence ce privilège chronologique : être le véritable commencement.

L’immédiat de toute façon ne peut constituer un véritable début, puisqu’il n’est jamais, mais est aboli quand il est. C’est, comme l’être pur, une pure chimère.


Après avoir critiqué la notion de « mauvaise infinité », qui mélange éthique et logique, deux sphères pourtant irréductibles l’une à l’autre, il passe au second point : l’impossibilité d’un système de l’existence.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Kierkegaard : lecture suivie