Couverture du livre Le Post-Scriptum aux Miettes philosophiques de Kierkegaard


Résumé de : Post-scriptum aux Miettes philosophiques

Kierkegaard revient ici sur l'ensemble de son oeuvre pour apporter des précisions sur des points essentiels.
Il développe une féroce critique de la philosophie hégélienne. Il montre en particulier, contre la spéculation abstraite, qu'il ne peut y avoir de système de l'existence.

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Du même auteur : Ou bien... ou bien  Crainte et tremblement  Miettes philosophiques

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Post-scriptum
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Cette confusion de l’éthique avec ce que demande l’époque1 est lié au succès de la philosophie hégélienne, mais est également la conséquence du manque d’intérêt des élites pour l’éthique, qui est tenue pour quelque chose de si peu de valeur que son enseignement [est] laissé de préférence aux séminaristes et aux maîtres d’école de villages.

Contre l’orgueil de celui qui cherche à jouer un rôle dans l’Histoire universelle, il faut revenir à l’humilité, condition même de l’éthique : Ose, dit l’éthique, ose renoncer à tout, et en particulier à ce commerce distingué et pourtant décevant avec la contemplation de l’histoire mondiale, ose ne devenir rien du tout, un individu particulier, dont Dieu exige éthiquement tout.


Il s’agit de comprendre que ce sont deux points de vue opposés, que rien ne peut concilier : du point de vue de l’histoire mondiale, une proposition sera fausse, qui d’un point de vue éthique, est vraie. Un exemple privilégié : être un individu n’est rien, du point de vue historico-mondial, absolument rien – mais c’est pourtant la seule vraie et la plus haute signification d’un homme.

En démontrant l’irréductibilité du point de vue éthique, et son incompatibilité avec la philosophie hégélienne, Kierkegaard présente ici une redoutable critique de cette dernière.

Il remarque, avec une pointe de malice dans une note de bas de page, que dans son ouvrage l’Histoire de la philosophie, qui récapitule les différents moments essentiels de la philosophie, Hegel privilégie son pays, et même sa propre personne, ce qui peut faire douter de son impartialité : la méthode n’accueille qu’un chinois, mais pas un seul professeur allemand n’est exclu, et surtout pas un prussien, car qui donne des décorations se décore d’abord lui-même.

Cela semble anecdotique, mais est assez révélateur : l’identification des différentes étapes de l’Histoire ne s’opère pas d’après de vrais critères scientifiques, mais selon des facteurs irrationnels : orgueil, hasard, etc : l’ordonnance hégélienne du processus de l’histoire du monde […] repose en définitive sur l’arbitraire et le saut. Si donc dans son principe général elle est séduisante, la méthode hégélienne se présente à peu près comme une bouffonnerie quand elle doit s’appliquer à un détail particulier.


Nous comprenons donc mieux à présent pourquoi « devenir subjectif » est le plus grand devoir assigné à chaque homme, un devoir suffisant pour la vie la plus longue, car il a cette propriété particulière qu’il ne cesse que quand la vie est finie : c’est une tâche, un devoir, car l’homme peut se perdre dans l’objectivité. Nous venons d’en examiner un exemple privilégié : abandonner le point de vue éthique pour adopter celui de l’Histoire universelle.


Pourtant, une difficulté subsiste : certes c’est bien une tâche à effectuer, admettons-le. Mais pourquoi serait-ce une tâche infinie ? Il semble qu’il n’y ait rien là de plus simple, une fois qu’on a compris qu’il ne fallait pas céder aux sirènes de l’objectivisme.

Ce serait là une erreur, selon Kierkegaard. Il illustre cela par deux exemples.

Faire le bien, être moral, semble simple, une fois qu’on a compris la distinction entre le bien et le mal. Pourtant, nous sommes exposés tout au long de notre existence à la tentation de mal agir. Dès que l’on découvre en nous, comme Socrate, cette disposition à faire le mal, alors le chemin de l’éthique devient très long, car il ne commence que quand on fait cette découverte.

De même, prier a l’air simple, pourtant comme c’est difficile ! : cela exige une représentation tout à fait claire de Dieu, de moi-même et de mon rapport à lui. Cela nécessite également de conserver tout au long de son existence une foi ardente, etc.


De la même manière, devenir subjectif -autrement dit : exister, puisque ces deux termes sont finalement synonymes- semble simple, tout comme prier ou agir moralement, mais c’est là une tâche infinie, à laquelle nous devons nous atteler tout au long de notre vie : être un homme existant est pour chaque homme une tâche si astreignante, et pourtant si naturelle, qu’on la choisit naturellement en premier lieu et qu’on trouve vraisemblablement dans cette tâche astreignante assez à faire pour toute la vie.

Finalement, c’est là la plus haute tâche assignée à chaque homme, de même que la plus haute récompense, une béatitude éternelle, n’existe que pour l’homme subjectif, ou plus exactement s’engendre pour celui qui devient subjectif.


Mais en quoi peut consister cette tâche ? Que doit faire celui qui veut « devenir subjectif » ? Le contenu de cette expression reste encore vague, et n’a été pour l’instant qu’approché négativement (être subjectif, ce n’est pas faire telle ou telle chose, etc). Le moment est venu d’en donner des déterminations positives, et Kierkegaard va commencer ici ce travail. Il se concentre sur deux caractères essentiels.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Kierkegaard : lecture suivie