Couverture du livre Le Post-Scriptum aux Miettes philosophiques de Kierkegaard


Résumé de : Post-scriptum aux Miettes philosophiques

Kierkegaard revient ici sur l'ensemble de son oeuvre pour apporter des précisions sur des points essentiels.
Il développe une féroce critique de la philosophie hégélienne. Il montre en particulier, contre la spéculation abstraite, qu'il ne peut y avoir de système de l'existence.

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Du même auteur : Ou bien... ou bien  Crainte et tremblement  Miettes philosophiques

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Post-scriptum
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En 1846, deux ans après la parution des Miettes philosophiques, Kierkegaard publie son célèbre Post-scriptum. Le titre du livre est naturellement ironique. En général un simple post-scriptum ne tient qu’en quelques lignes, et apporte des précisions sur des points inessentiels (ce pourquoi il ne figure pas dans le corps du message initial). Ici, le Post-scriptum est quatre fois plus long que les Miettes, et Kierkegaard développe sa pensée sur des points essentiels.


C’est donc un ouvrage majeur, contrairement à ce que son titre laisserait suggérer. Il est fréquent que les étudiants en philosophie privilégient cet ouvrage car c’est celui-ci qui présente l’aspect le plus proprement philosophique, par opposition à des œuvres d’aspect plutôt littéraires (comme la Reprise, le Journal du séducteur) ou théologiques (comme Crainte et tremblement). C’est d’ailleurs ici que Kierkegaard s’oppose le plus explicitement à Hegel.


Néanmoins ce serait une erreur de commencer votre exploration de la pensée de Kierkegaard par cet ouvrage. Il s’agit en effet d’un post-scriptum, c’est-à-dire qu’il apporte des précisions à des idées soulevées dans d’autres ouvrages : les Miettes philosophiques, Ou bien… ou bien, Crainte et tremblement... Si vous n’avez pas lu ceux-ci, et que vous ne connaissez pas les idées auxquelles il fait référence, vous ne comprendrez pas ces précisions.

Nous vous invitons donc à lire ces ouvrages ou leur résumé avant de vous plonger dans la lecture de cette présentation du Post-scriptum. Ceux-ci ont d’ailleurs autant de fond que le Post-scriptum, malgré leur forme littéraire ou religieuse : ils appartiennent à la philosophie de plein droit.


Kierkegaard commence à ironiser dans l’Avant-propos sur le manque de succès des Miettes philosophiques. Cet ouvrage court mais dense, dans lequel on trouve des passages assez obscurs, n’a pas trouvé ses lecteurs. Mais son auteur loue finalement la liberté que cela lui donne : personne n’attend rien de son travail, il est de ce fait libre de partir dans la direction qu’il souhaite, sans crainte de décevoir quiconque : je me dispose donc maintenant à aller de l’avant. N’étant gêné par rien ni pressé par aucune exigence de l’époque, suivant entièrement mon impulsion intérieure, je continue à pétrir en quelque sorte les pensées, jusqu’à ce que la pâte devienne bonne à mon gré 1.

Dans l’introduction, il se réfère au problème soulevé dans les Miettes philosophiques. Dans cet ouvrage, le problème n’était pas de s’interroger sur la vérité du christianisme mais sur le rapport de l’individu au christianisme, à savoir la préoccupation de l’individu qui éprouve un intérêt infini à son rapport à une telle doctrine.


Kierkegaard analyse ce problème selon l’opposition conceptuelle classique : subjectif/objectif.

Ainsi le problème objectif serait donc : de la vérité du christianisme. Le problème subjectif est : du rapport de l’individu au christianisme ; et c’est le problème subjectif que Kierkegaard a examiné dans les Miettes.

C’est précisément autour de cette opposition que va s’articuler le plan du Post-scriptum. Kierkegaard se propose de poser dans une première partie le problème objectif, et montrer comment celui-ci doit être traité ; ce sera la suite à proprement parler des Miettes. Dans la seconde partie, il posera le problème subjectif, et ce sera un nouvel essai dans la direction que les Miettes qui donne un nouvel élan au problème qu’elles posent.


1ère partie : le problème objectif de la vérité du christianisme


L’approche objective peut prendre deux formes :
- l’examen historique des différents faits (où Jésus est-il né ? etc.)
- la spéculation philosophique, qui examine la vérité du christianisme en tant que doctrine (y a-t-il une preuve de l’existence de Dieu ? quelle est son essence, etc.)


Dans les deux cas, ce qui est étudié, c’est l’objet lui-même (la religion, Dieu) ; en aucune manière on ne s’interroge sur le rapport du sujet (le croyant) à cet objet, c’est-à-dire qu’on ne se demande pas comment il est devenu chrétien, s’il l’est réellement, etc. Pourquoi ?

Pour deux raisons : soit l’on considère que pour être plus objectif, l’homme qui mène cette étude doit être le plus neutre et impartial possible, donc ne pas être croyant, mais simplement dans la contemplation désintéressée.

Soit au contraire on considère que le chercheur est évidemment chrétien, et que la question ne se pose même pas.

Pourtant, la question se pose. C’est même un problème fondamental, dans lequel réside même une part de la signification du christianisme : de la même manière qu’on ne peut comprendre ce qu’est l’amour sans l’avoir expérimenté soi-même dans toutes les douleurs et les joies qu’il procure, on ne peut probablement saisir la signification du christianisme sans avoir ressenti cette passion qu’est la foi.

Or le sujet enquêtant, spéculant, connaissant, s’enquiert bien sans doute de la vérité, mais pas de la vérité subjective, de la vérité de l’appropriation. Il est bien, sans doute, intéressé, mais il n’est pas qu’intéressé infiniment, personnellement, dans une passion orientée vers sa béatitude éternelle, il n’est pas intéressé dans sa relation à cette vérité.


Le fait est pourtant que la vérité du christianisme m’intéresse infiniment, car ma béatitude éternelle en dépend : soit il y a un Dieu, et une vie après la mort, soit il n’y a que néant. Et l’on ne peut se pencher sur le christianisme en feignant d’ignorer ce qui s’y joue, et cet intérêt personnel infini qui vient colorer mon rapport au problème de l’existence de Dieu. C’est pourtant ce que prétend faire l’approche objective :

L’homme de science peut travailler avec un zèle infatigable […], l’homme qui spécule peut n’épargner ni son temps ni son application, ils ne sont pourtant pas intéressés passionnément, d’une façon infiniment personnelle, au contraire, ils ne veulent même pas l’être. Leur considération objective veut être désintéressée.




1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Kierkegaard : lecture suivie