couverture du livre Etre et temps de Heidegger


Résumé de : Etre et temps

Dans cette oeuvre majeure, Heidegger, dans un dialogue avec la pensée grecque la plus ancienne, repose une question enfouie dès l'origine, dès lors qu'elle fut posée : la question de l'être. Cela l'amène à élaborer une ontologie fondée sur de toutes nouvelles bases : l'analytique existentiale du Dasein.

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Du même auteur : Introduction à la recherche phénoménologique



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Etre et Temps
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Mais quelle méthode suivre pour penser l’être ? Dans quelle discipline cette réflexion doit venir s’inscrire ? C’est à cette question que Heidegger consacre le dernier moment de l’introduction.


Tout d’abord, il nous faut remarquer qu’il s’agit d’un travail éminemment philosophique, puisqu’ avec la question directrice du sens de l’être, la recherche aborde la question-fondamentale de la philosophie en général.

Cela n’a rien d’évident : dans l’Introduction à la recherche phénoménologique, Heidegger prévenait qu’ il ne faut pas s’attendre à trouver [ici] de la philosophie. Ma conviction est qu’on en a fini avec la philosophie. Nous sommes confrontés à des tâches entièrement nouvelles qui n’ont rien à voir avec la philosophie traditionnelle1.

On constate donc ici un revirement de Heidegger sur cette question, une réconciliation avec la notion même de philosophie. 


Mais quel domaine particulier de la philosophie en général est-il donc concerné ? L’ontologie. C’est cette discipline qui a traditionnellement pris pour objet d’étude l’explication de l’être lui-même. Néanmoins Heidegger apporte des précisions importantes.

Tout d’abord, il ne s’agit pas de reprendre à son compte une ontologie historiquement transmise, celle de Platon ou de Hegel par exemple, et d’inscrire ses travaux dans ce cadre. 

Heidegger ne conserve pas même l’idée formelle de l’ontologie, une fois qu’on l’a dépouillée de tout renvoi à tel ou tel auteur, celle que l’on se fait traditionnellement de cette discipline philosophique spéciale, liée avec les autres disciplines.

En effet, c’est là une idée qu’on trouve, une nouvelle fois, dans l’Introduction à la recherche phénoménologique : il ne faut pas élaborer une discipline a priori, puis chercher quelque chose qui pourrait lui servir d’objet d’étude. Mais il faut partir de l’objet examiné et élaborer à partir de celui-ci la discipline qui permettra d’en éclairer le sens : il n’est nullement question de satisfaire à la tâche d’une discipline prédonnée, bien au contraire : c’est à partir des nécessités internes de questions déterminées et à partir du mode de traitement requis par les choses elles-mêmes qu’une discipline peut seulement s’élaborer.


Or la question de l’être est d’une nature telle qu’elle appelle un traitement phénoménologique. L’ontologie que Heidegger appelle de ses vœux doit donc à son tour être résolument phénoménologique.

Néanmoins, là encore, il ne s’agit pas de la phénoménologie au sens d’un courant de pensée, d’un point de vue parmi d’autres, ce qui viendrait la relativiser. On ne s’engage pas dans un travail de recherche husserlien. Heidegger n’utilise pas ce terme de phénoménologie au sens que lui a donné Husserl.

Sur ce point, la rupture avec son vieux maître Husserl est déjà effective depuis plusieurs années. Dès l’Introduction à la recherche phénoménologique, il a dénoncé le primat de la conscience d’inspiration cartésienne que l’on trouve chez ce dernier, et donné à la phénoménologie une tout autre orientation. 


Alors quel sens Heidegger donne-t-il au terme « phénoménologie » ?

Ici, Heidegger ne retient donc de ce terme qu’un sens minimal : il l’utilise comme un concept méthodique que l’on pourrait résumer ainsi : aux choses mêmes !.

Que désigne un tel slogan ? A quel programme renvoie-t-il ?

En revenir aux choses mêmes, c’est fuir les constructions en l’air, les concepts non légitimés, les pseudos-questions qui caractérisent tant de systèmes philosophiques. Mais si ce n’était que cela, ce serait un mot d’ordre un peu creux, qui pourrait caractériser toute science.


Heidegger cherche à retrouver le sens originaire, grec, de la notion de phénoménologie, à partir de son étymologie. Qu’est-ce que le « phainomenon » (φαινόμενον) ? Et le « logos » (λόγος) ? 

C’est là l’occasion pour Heidegger de rappeler ici les principaux enseignements de l’Introduction à la recherche phénoménologique, à laquelle nous vous renvoyons. Néanmoins résumons les points essentiels : 

- La racine grecque de phénomène est φῶς, « phỗs », la lumière. « Phaino » : mettre au jour, à la lumière. La signification originaire de phénomène est donc ce-qui-se-montre-en-lui-même, le manifeste.

- Cela n’a rien à voir avec l’apparence, qui désigne au contraire cette situation où l’étant se montre comme ce qu’il n’est pas.

- Ni avec l’apparition, au sens kantien du terme, et qui désigne le sens, impropre, que Kant donne au phénomène.

- Logos signifie rendre manifeste ce dont il est […] question dans le discours . Ainsi le logos fait voir quelque chose , ou au contraire le dissimule, et donc de la même manière, il peut être vrai ou faux.

- Mais le logos n’est pas le lieu primaire de la vérité : c’est dans le phénomène qu’elle se donne originairement, et le logos ne fait que la retranscrire. La vérité n’appartient donc pas proprement au jugement, comme le pensent les Modernes.

- Il faut donc en revenir au concept grec de vérité, qui exprime précisément cette idée : la vérité se trouve dans l’accueil pur et simple, sensible de quelque chose.

- De tout cela, on déduit le sens originaire, grec, du terme phénoménologie que Heidegger veut retenir : faire voir à partir de lui-même ce qui se montre tel qu’il se montre à lui-même , et qui constitue le contenu pleinement déployé de la formule Aux choses mêmes !.

- Autrement dit : il faut que les principaux résultats de l’ontologie telle que la définit Heidegger puissent nous apparaître dans une saisie telle de ses objets que tout ce qui est soumis à élucidation à leur propos doit nécessairement être traité dans une mise en lumière et une légitimation directe.


On le voit donc : il ne s’agit pas de s’en tenir aux données du vécu de la conscience pure, comme Husserl, mais d’accueillir ce qui se montre soi-même en tant qu’il est là : le phénomène, entendu comme ce mode privilégié de présence de l’étant.


Dans cette optique, l’être apparaît comme l’objet privilégié de cette discipline, cette ontologie placée sous le signe de la phénoménologie. Pourquoi ?

En réalité, qu’est-ce que celle-ci doit faire voir, sinon ce qui de prime abord et le plus souvent, ne se montre justement pas, […] est en retrait, mais […] en même temps appartient essentiellement, en lui procurant sens et fondement, à ce qui se montre de prime abord et le plus souvent [l’étant] ?

Or cela, c’est l’être. Ainsi qu’on l’a vu en effet, il peut être recouvert au point d’être oublié, au point que la question qui s’enquiert de lui et de son sens soit tue.


On comprend alors pourquoi l’ontologie n’est possible que comme phénoménologie : le concept phénoménologique de phénomène désigne, au titre de ce qui se montre, l’être de l’étant.

Ou encore, considérée en son contenu, la phénoménologie est la science de l’être de l’étant – l’ontologie. Ultimement, ces deux titres caractérisent la philosophie elle-même quant à son objet et son mode de traitement. La philosophie est une ontologie phénoménologique universelle.

L’introduction se clôt sur un hommage à Husserl, dont les Recherches logiques ont assuré la percée de la phénoménologie.


Nous pouvons à présent nous plonger dans la première section de la première partie de l’ouvrage (la seule rédigée, pour rappel) : l’analyse fondamentale préparatoire du Dasein.




Auteur : Cyril Arnaud, fondateur du site Les-Philosophes.fr, auteur d'Axiologie 5.0 - Linkedin et Twitter

1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Heidegger : lecture suivie