couverture du livre Etre et temps de Heidegger


Résumé de : Etre et temps

Dans cette oeuvre majeure, Heidegger, dans un dialogue avec la pensée grecque la plus ancienne, repose une question enfouie dès l'origine, dès lors qu'elle fut posée : la question de l'être. Cela l'amène à élaborer une ontologie fondée sur de toutes nouvelles bases : l'analytique existentiale du Dasein.

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Du même auteur : Introduction à la recherche phénoménologique



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Etre et Temps
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Mais quel est l’intérêt de se poser une telle question, la question de l’être ? Que pourrait bien nous apporter une résolution de celle-ci ? Il est légitime de se demander à quoi cette question doit servir1.


Les différentes sciences existantes (mathématiques, biologie, histoire, etc.) se rapportent non à l’être mais à l’étant.

On rencontre ici un nouveau terme : « ontique », qui signifie : « qui concerne l’étant ». Tout comme ontologique signifie « ce qui concerne l’être », ontique désigne « ce qui concerne l’étant ».

Les mathématiques, la physique, l’anthropologie, etc. sont donc des sciences « ontiques ».


Or si l’on examine l’ensemble de tout ce qui est, le tout de l’étant, on peut identifier différentes « régions » : par exemple l’histoire, la nature, l’espace, la vie, le Dasein, la langue, etc.

Ces différents domaines de choses – ou domaines réaux , du latin « res » : la chose – sont chacun l’objet d’étude d’une science ontique particulière : la biologie interroge le vivant, la physique les lois du mouvement, la théologie Dieu, etc.

Mais, pour Heidegger, ce découpage opéré par les sciences dans le tout de l’étant est accompli de manière naïve et grossière.

En effet, ce découpage, sur lequel repose la classification des sciences, devrait se fonder sur une recherche antérieure : celle de la façon dont ces différents étants ont rapport à l’être, c’est-à-dire de leur mode d’être. C’est uniquement en voyant que tels types d’étant ont tel rapport à l’être que l’on pourrait identifier ceux-ci comme relevant de telle science, les regrouper comme objet d’étude d’une seule et même discipline.

Cette recherche ontologique – qui concerne l’être- est donc première par rapport à cet examen ontique -qui concerne l’étant- que mène chaque science : une telle recherche doit nécessairement devancer les sciences positives, et elle le peut. Elle procure en effet à chaque science son fondement, au sens où elle délimite son objet ; cette délimitation -ce découpage- n’est plus effectuée au hasard, ne repose plus sur un tâtonnement empirique, ou une conception métaphysique arbitraire, mais est fondée dans l’être même.


Tant, en revanche, que la question de l’être n’est pas résolue, que la recherche ontologique n’est pas parvenue à ses fins, les différentes sciences ne peuvent qu'être en crise. En effet, il leur manque alors ce fondement qui assure la consistance et la légitimité de leur objet : le découpage de l’étant n’a peut-être pas bien été effectué, et c’est alors leur propre légitimité – et identité- qui vacille.


Et de fait, plusieurs sciences traversent en ce début de 20ème siècle une crise importante. Heidegger en donne plusieurs exemples :
- En mathématiques, la crise des fondements, qui oppose, concernant le mode primaire d’accès à ce qui doit être l’objet de cette science, formalisme et intuitionnisme
- En physique, l’effondrement des anciens paradigmes suite au succès de la théorie de la relativité
- En biologie, le rejet de l’opposition traditionnelle vitalisme/mécanisme
- En théologie, l’influence de la critique luthérienne reprochant à la systématique dogmatique de reposer sur un fondement qui n’est point issu d’un questionnement primairement croyant, etc.


Pour Heidegger, ces différentes crises sont le signe, la preuve, de la primauté ontologique de la question de l’être : tant que cette question ne sera pas résolue, les différentes disciplines manqueront d’un fondement assuré, parce que la division de l’étant qui a présidé au choix de leur objet d’étude reste arbitraire, et seront en crise.

De ce fait, cette question n’est pas qu’une simple spéculation en l’air sur la plus générale des généralités, mais est probablement la question la plus principielle et la plus concrète : il s’agit de trouver rien moins qu’une condition apriorique de la possibilité des sciences qui explorent l’étant qui est de telle ou telle manière. Il en va de la légitimité même de la configuration du champ du savoir.


Comment illustrer, concrètement, cette primauté de l’ontologie sur les sciences ontiques ?

Heidegger prend l’exemple de l’histoire. Ce qui est premier n’est pas une théorie de la formation des concepts en histoire, ni la théorie de la connaissance historique, ni même la théorie de l’histoire comme objet de la science historique, mais l’interprétation de l’étant proprement historique en son historicité. L’histoire ne pourra trouver son objet d’étude que suite à une réflexion ontologique bien menée sur le rapport à l’être de l’étant proprement historique, l’homme, (ou mieux le Dasein, puisque ce terme renvoie par lui-même à l’ontologie, à l’homme envisagé dans son rapport à l’être).

Les ontologies particulières sur lesquelles se fondent chaque science, se fondent elles-mêmes sur cette recherche ontologique fondamentale, la plus originelle, celle qui s’interroge sur le sens de l’être, à laquelle Heidegger souhaite se consacrer dans Etre et Temps.




Auteur : Cyril Arnaud, fondateur du site Les-Philosophes.fr, auteur d'Axiologie 5.0 - Linkedin et Twitter

1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Heidegger : lecture suivie