couverture du livre Etre et temps de Heidegger


Résumé de : Etre et temps

Dans cette oeuvre majeure, Heidegger, dans un dialogue avec la pensée grecque la plus ancienne, repose une question enfouie dès l'origine, dès lors qu'elle fut posée : la question de l'être. Cela l'amène à élaborer une ontologie fondée sur de toutes nouvelles bases : l'analytique existentiale du Dasein.

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Du même auteur : Introduction à la recherche phénoménologique



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Etre et Temps
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Puisque le Dasein est d’abord et avant tout une existence, il faut, pour comprendre l’homme, viser l’explicitation de ce qui constitue l’existence1. Heidegger nomme analytique existentiale cette tâche fondamentale qui cherche à identifier l’ensemble cohérent des structures de l’existence : l’existentialité.

Résumons : nous cherchons le sens de l’être. Pour mener à bien cette recherche ontologique, nous nous sommes tournés vers un étant privilégié, le Dasein. Par rapport à cette question, il est privilégié, parce que c’est lui qui soulève cette question, parce qu’il a toujours déjà une compréhension de l’être, étant lui-même « ontologique », parce qu’il a cette spécificité d’être sous ce mode privilégié qu’est l’existence. Tout cela résumé dans cette formule : il y va en son être de cet être.


Notre recherche connaît donc une réorientation spectaculaire. Notre regard, initialement fixé sur l’être, se tourne à présent vers l’homme ; de l’ontologie, nous voilà conduits à une analytique existentiale.

Mais ce revirement, qu’il nous faut comprendre car c’est là un point essentiel, n’est pas une trahison de notre interrogation première : si l’on s’oriente vers l’analytique existentiale du Dasein, c’est pour chercher, au fond de celui-ci, le secret de l’être. C’est en interrogeant l’être de cet étant privilégié que l’on espère découvrir le secret de l’être en général.

On comprend à présent le sens de cette formule, qui auparavant devait nous sembler bien mystérieuse : ainsi l’ontologie fondamentale, d’où seulement peuvent jaillir toutes les autres ontologies, doit-elle nécessairement cherchée dans l’analytique existentiale du Dasein.

Et le Dasein apparaît comme la condition ontico-ontologique de la possibilité de toutes les ontologies.

Cette primauté de l ‘homme a déjà été aperçue par Aristote ou Thomas d’Aquin, sans que celle-ci trouve son expression ou sa légitimation adéquate.


Posons-nous à présent la question : quelle méthode utiliser pour mener à bien cette recherche ? Quelles règles cette analytique transcendantale doit-elle suivre ?



Chap. 2 La double tâche de l’élaboration de la question de l’être : méthode et plan de la recherche


Quel besoin a-t-on d’une analytique existentiale ? Le Dasein ne se comprend-il pas lui-même, en ce qu’il est, immédiatement ? Puisqu’il est cela même qu’il cherche à connaître, ne dispose-t-il pas d’une prédonation […] immédiate de son mode d’être, qui rendrait inutile toute recherche ? N’est-ce pas là une donnée ontico-ontologiquement première ?


Heidegger répond en s’appuyant sur la distinction qu’il a proposée entre le plan ontique et ontologique.

Certes, ontiquement, le Dasein n’est pas seulement proche, ou même le plus proche – mais nous le sommes même nous-mêmes. Néanmoins, pour cette raison même, il est ontologiquement le plus lointain.

Il faut distinguer entre la connaissance ontique que le Dasein peut avoir de lui-même en tant qu’étant (qui se cristallise dans des sciences ontiques telles que la biologie, l’histoire, la linguistique, etc.), et la connaissance ontologique de l’être de cet étant.


En ce qui concerne le plan ontologique, il n’y a pas de donnée originaire immédiate, mais seulement, comme on l’a déjà vu, une précompréhension, une intelligence moyenne et vague qui n’est pas satisfaisante, n’est pas le fil conducteur adéquat. Cela vient de ce que cette précompréhension s’oriente plus sur le monde que sur le Dasein, mais cela nous ne pourrons le comprendre que plus tard.

De là cette conclusion : le Dasein est ontiquement « au plus près » de lui-même, ontologiquement au plus loin, sans être pour autant préontologiquement étranger à lui-même.


Le projet d’une analytique existentiale se précise donc peu à peu. Certes, le Dasein est déjà l’objet d’étude de multiples sciences : la psychologie philosophique, l’anthropologie, l’éthique, la « politique », la poésie, la biographie et l’historiographie, autant de disciplines qui, sur des chemins divers et dans une mesure variable, se sont attachées aux comportements, aux pouvoirs, aux facultés, aux possibilités et aux destinées du Dasein. Mais elles ne fournissent que des interprétations existentielles de cet étant qu’est le Dasein, et non une analytique existentiale.

On trouve ici, après le couple ontique / ontologique, une nouvelle opposition essentielle, entre existentiel / existential.


Néanmoins, notre recherche doit bien s’appuyer sur une certaine idée de ce qu’est l’homme. Quelle peut-elle être, puisque nous avons écarté les disciplines ci-dessus ? Le point de départ ne peut être l’homme tel qu’il apparaît dans l’histoire, ou se révèle dans la psychologie, etc. Choisir telle définition (l’homme comme animal raisonnable) plutôt que telle autre nous condamne à imposer au Dasein les catégories issues d’ une construction dogmatique, d’une idée de l’être et de l’effectivité arbitraire.

Pour sortir de cette difficulté, Heidegger nous propose la solution suivante : le mode d’accès et d’explicitation [doit] être choisi de telle manière que cet étant puisse se montrer en lui-même à partir de lui-même. Or ce mode doit bel et bien montrer cet étant en ce qu’il est de prime abord et le plus souvent, dans sa quotidienneté moyenne.

Voici donc le point de départ : c’est de la quotidienneté du Dasein qu’il faut partir ; c’est elle qui doit constituer le premier champ thématique de l’analytique existentiale du Dasein.




Auteur : Cyril Arnaud, fondateur du site Les-Philosophes.fr, auteur d'Axiologie 5.0 - Linkedin et Twitter

1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Heidegger : lecture suivie