couverture du livre Etre et temps de Heidegger


Résumé de : Etre et temps

Dans cette oeuvre majeure, Heidegger, dans un dialogue avec la pensée grecque la plus ancienne, repose une question enfouie dès l'origine, dès lors qu'elle fut posée : la question de l'être. Cela l'amène à élaborer une ontologie fondée sur de toutes nouvelles bases : l'analytique existentiale du Dasein.

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Du même auteur : Introduction à la recherche phénoménologique



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Etre et Temps
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Première partie : l’interprétation du Dasein par rapport à la temporalité et l’explication du temps comme horizon transcendantal de la question de l’être


Première section : l’analyse fondamentale préparatoire du Dasein


Chap. 1 L’exposition de la tâche d’une analyse préparatoire du Dasein


Qu’est-ce que l’existence ? L’analytique existentiale a précisément pour but de répondre à cette question. 

Après notre lecture de l’introduction, nous en connaissons déjà certains caractères, que Heidegger rappelle ici : la mienneté ou la primauté de l’existence sur l’essence.

C’est là un mode d’être spécifique du Dasein : les autres étants (arbres, choses, animaux…) ont un tout autre mode d’être que Heidegger nomme « être-sous-la-main » : cet étant [le Dasein] n’a pas, n’a jamais le mode d’être de l’étant qui est seulement sous-la-main à l’intérieur du monde1.


Pour bien faire apparaître la spécificité du Dasein, Heidegger recourt à la notion antique, aristotélicienne, de « catégorie » : tandis que les « déterminations d’être » propres aux autres étants sont des catégories, les « caractères d’être » du Dasein sont des existentiaux.


Quel doit être le point de départ de cette analytique existentiale ? Là encore, la réponse nous a été donnée dans l’introduction : nous devons commencer par examiner le Dasein dans ce qu’il est de prime abord et le plus souvent, c’est-à-dire dans sa quotidienneté. Heidegger appelle « médiocrité » cette indifférence quotidienne du Dasein. Il ne faut pas la négliger ou la mépriser : même en celle-ci, on peut retrouver la structure de l’existentialité, et son examen est donc essentiel.


Enfin, nous savons déjà que cette analytique existentiale se distingue fondamentalement des autres disciplines qui prennent l’homme pour objet : anthropologie, psychologie et biologie. Et que le Dasein n’a rien à voir avec le « sujet » cartésien, la « personne », telle qu’on peut la trouver définie chez Dilthey ou Scheler, ou l’ « animal rationnel » autour de laquelle se constitue l’anthropologie traditionnelle, notions auxquelles Heidegger consacre quelques développements.

Un travail de clarification nécessaire, afin d’éviter les confusions qui peuvent s’attacher au projet d’une analytique existentiale telle que Heidegger la conçoit.


Chap.2 L’Etre-au-Monde en général comme constitution fondamentale du Dasein


Le Dasein existe sous le mode de « l’être-au-monde ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Il nous faut élucider le sens des différents termes qui constituent cette expression, et cet examen se déploiera sur plusieurs chapitres :

- le monde : quelle est la structure ontologique du monde ?

- l’étant ayant un tel mode d’être : le Dasein, en sa quotidienneté médiocre

- et « l’être-à » comme tel


Ce dernier terme semble dépourvu de tout intérêt philosophique propre. Pourtant, c’est là un point crucial. Le Dasein n’est pas « dans » le monde, comme l’eau est dans un verre ou le vêtement dans une armoire.

L’ « être-dans » est un terme spatial, indiquant qu’un étant-sous-la-main occupe un lieu déterminé ; c’est une simple catégorie.

L’ « être-à » en revanche désigne une constitution d‘être du Dasein, c’est un existential.

Le Dasein ne se trouve pas « dans » le monde, mais il faudrait dire, pour parler plus exactement qu’il habite, […] séjourne auprès de – du monde tel qu’il m’est familier, ainsi que Heidegger le déduit d’une analyse étymologique de l’expression « Ich bin » (je suis).  C’est là un tout autre rapport au monde.

De même, deux étants-sous-la-main ne peuvent se toucher, ou se rencontrer. Seul le Dasein peut « faire encontre » à quelque chose.


Récapitulons : Heidegger propose ici une opposition fondamentale entre l’ « être-au monde », le mode d’être spécifique du Dasein, et l’ « être-sous-la-main », qui caractérise les autres étants, qui sont simplement « dans le monde ».

Bien sûr, toute forme de spatialité n’est pas pour autant déniée au Dasein ; simplement, son être-à-l’espace doit être pensé sur la base de l’être-au-monde.


Qu’est-ce qu’ « être-au-monde » ? Telle est la question qui va constituer l’objet des chapitres ultérieurs, mais Heidegger nous donne déjà plusieurs caractérisations.


Etre-au-monde, n’est-ce pas avant tout, connaître le monde ? La connaissance semble être le rapport premier au monde, le plus fondamental ; c’est du moins ainsi que la philosophie se la représente traditionnellement.

Heidegger refuse ce privilège de la connaissance théorique. Pour lui, être-au-monde, c’est être avant tout éparpillé dans des tâches diverses : entreprendre, rechercher, produire, discuter, etc. Dans chacune de ces tâches, le Dasein se préoccupe de quelque chose.

Le souci, qui s’exprime dans cette préoccupation, nous apparaît donc comme un phénomène encore plus originaire que la connaissance, celle du monde et de soi. Il s’agit d’un autre existential auquel un chapitre ultérieur sera consacré.


La notion d’être-au-monde vient même jeter une lumière nouvelle sur la théorie de la connaissance.

Ainsi, on considère souvent la connaissance comme un rapport entre un sujet et un objet, et on se perd dans de faux problèmes insolubles tels que : comment ce sujet connaissant sort de sa sphère intérieure, comment il passe dans une sphère « autre et extérieure », comment le connaître peut en général avoir un objet.

Ce problème disparaît dès lors que l’on comprend que l’on n’a pas affaire à un sujet, qui fait face à un objet, mais au Dasein qui existe sur le mode de l’« être-au-monde ». Alors, le connaître est déjà auprès de ce monde, il n’y a pas de saut à effectuer. Ce n’est pas une simple contemplation béate, théorique, du monde, mais l’être-au-monde, en tant que préoccupation, est capté par le monde dont il se préoccupe.

Ainsi, tandis qu’il s’oriente vers l’étant et qu’il le saisit, le Dasein ne sort point de sa sphère intérieure où il serait d’abord enfermé, mais conformément à son mode d’être originel, il est toujours déjà « dehors », auprès d’un étant qui lui fait encontre dans le monde à chaque fois déjà découvert.

Heidegger file la métaphore : l’accueil du connu ne doit pas être compris comme un retour, après la sortie qui lui a permis de s’en saisir, du sujet, chargé de son butin dans la « retraite » de la conscience : au contraire, même en tant qu’il accueille, préserve et conserve, le Dasein connaissant demeure, en tant que Dasein, dehors.

On voit comment cette notion d’être-au-monde vient résoudre des problèmes épistémologiques, ou plutôt, vient les dissiper comme autant de mirages. C’est pourquoi c’est celle-ci, et non la connaissance, qui est première et doit jouir d’un statut privilégié : le connaître est un mode du Dasein fondé sur l’être-au-monde. C’est pourquoi l’être au monde comme constitution fondamentale réclame une interprétation préalable.


Enfin, Heidegger prend soin de distinguer la notion ontologique d’ « être-au-monde » de la notion biologique d’ « environnement ».


Sans plus tarder, lançons-nous donc dans cette investigation ontologique, dont Heidegger vient d’établir la primauté — et par là, la légitimité —, en examinant de plus près le dernier terme de l’expression « être-au-monde » : le monde.


Pour lire la suite, téléchargez le livre Heidegger : lecture suivie !



Auteur : Cyril Arnaud, fondateur du site Les-Philosophes.fr, auteur d'Axiologie 5.0 - Linkedin et Twitter