couverture du livre Etre et temps de Heidegger


Résumé de : Etre et temps

Dans cette oeuvre majeure, Heidegger, dans un dialogue avec la pensée grecque la plus ancienne, repose une question enfouie dès l'origine, dès lors qu'elle fut posée : la question de l'être. Cela l'amène à élaborer une ontologie fondée sur de toutes nouvelles bases : l'analytique existentiale du Dasein.

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Du même auteur : Introduction à la recherche phénoménologique



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Etre et Temps
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Heidegger remarque que si cette question a bien un sens, elle reste obscure : ce n’est pas seulement la réponse qui manque à la question de l’être, mais encore […] la question elle-même est obscure1. Avant de chercher à la résoudre, il faut commencer par élaborer de façon satisfaisante la position de la question. Comment ?

Partons de ce point de départ simple : nous avons affaire à une question, celle de l’être. Qu’est-ce qu’une question ? Quels en sont les moments structurels, qui la constituent en tant que telle ?

Il faut différencier quatre choses :
- Le questionner lui-même, l’acte de chercher.
- Le questionné : ce dont on « s’enquiert ». Ici, c’est l’être.
- Le demandé : ce auprès de quoi on « touche au but ». Ici, c’est le sens de l’être
- L’interrogé : ce auprès de quoi on va chercher la réponse. Puisque être veut dire être de l’étant, c’est l’étant que l’on va interroger.


Autrement dit : notre recherche va nous amener à nous intéresser à l’étant : c’est dans celui-ci que l’on va découvrir le sens de l’être, en raison de la relation fondamentale qui existe entre eux.

Le problème est que nous appelons étant beaucoup de choses, et dans beaucoup de sens. Les arbres, les pierres, les cahiers sont des étants. Doit-on trouver le sens de l’être auprès d’étants de ce type ? Ou y a-t-il un étant privilégié, de ce point de vue, que l’on doit interroger en priorité ? Si c’est le cas, alors quel est cet étant exemplaire et en quel sens a-t-il une primauté ?

Repartons, à nouveau du point de départ dont nous disposons : la question de l’être. Cet étant privilégié que nous cherchons, c’est probablement celui qui questionne : l’homme, autrement dit l’étant que nous, qui questionnons, nous sommes à chaque fois nous-mêmes.

L’homme a un rapport privilégié à l’être, par le simple fait qu’il pose la question de l’être. Mais aussi parce qu’ainsi qu’on l’a vu, il se meut toujours déjà dans une compréhension de l’être. C’est donc auprès de lui que nous allons chercher le sens de l’être.

Précisons : cette intelligence moyenne et vague ne nous révèle pas le sens profond de l’être. En effet elle n’est que flottante, confuse, toute proche d’une simple connaissance verbale.

Mais cette compréhension moyenne et vague de l’être est un fait, qu’il nous faudra expliquer. D’où vient-elle ? Comment est-elle possible ?


Heidegger n’emploie pas à proprement parler le terme d’ « homme », mais de « Dasein » : cet étant que nous sommes toujours déjà nous-mêmes et qui a entre autres la possibilité essentielle du questionner, nous le saisissons toujours terminologiquement comme DASEIN. Pourquoi ? Pourquoi éprouve-t-il le besoin de forger ici un néologisme, que la traduction laisse ici intact, dans sa langue originelle, l’allemand ?

Parce que Heidegger veut éviter toutes les imprécisions liées au terme « homme ». L’homme est un phénomène complexe, qui peut être appréhendé à partir de plusieurs points de vue, et est l’objet de disciplines diverses (linguistique, histoire anthropologie, biologie, etc.).

Heidegger ne veut l’étudier que du seul point de vue de l’ontologie. Dans cette optique, l’homme est cet étant qui a un rapport insigne, privilégié, à l’être. C’est cela qui est véhiculé dans ce terme « Dasein », « sein » signifiant en allemand « être ». Utiliser ce terme pour désigner l’homme, c’est d’ores et déjà insister sur le fait qu’on va le considérer dans son rapport à l’être, et non selon telle ou telle autre perspective.

« Da » signifie « là ». « Da-sein » exprime donc cette idée : « l’être-là », « l’être présent ». Pourquoi Heidegger choisit de caractériser l’homme comme un « être-là », c’est ce que nous ne pourrons comprendre que plus tard, au fil de notre lecture. C’est là l’une des interrogations autour desquelles s’organise le projet d’Etre et Temps : expliquer et légitimer cette définition de l’homme comme « être-là ».


Une objection survient : n’y a-t-il pas là un cercle logique, qui condamne d’avance la réussite de l’entreprise ? Un cercle vicieux que l’on pourrait résumer ainsi : Devoir d’abord nécessairement déterminer un étant en son être, puis sur cette base, vouloir poser seulement la question de l’être – qu’est-ce d’autre alors que tourner en rond ?.

Heidegger répond que ce type d’objection formelle, qui interdit finalement toute recherche, ne peut s’appliquer au type d’investigation qu'il veut mener à bien. Si l’objection du cercle est valide dans le cadre d’une science déductive, il s’agit ici d’une toute autre recherche, que Heidegger décrit, en termes énigmatiques, comme la mise en lumière libérante d’un fond.




Auteur : Cyril Arnaud, fondateur du site Les-Philosophes.fr, auteur d'Axiologie 5.0 - Linkedin et Twitter

1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Heidegger : lecture suivie